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Un Repas Gratuit Est Supérieur À Tout ! Urgesat ! Urgçnep !

 
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Attention ! Vous êtes ici sur un blog mutant libertarien du XXIIe siècle de l'Ere commune. Je vous propose une plongée dans les ténèbres des XXe et XXIe siècles à travers quelques livres d'avant la Singularité.
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Sylvain



 
 
 

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  (<$BlogItemCommentCount$>) comments
25.4.06
 
Citations :
"A long terme, c'est nous qui l'emporterons...
la botte cessera un jour de marteler le visage de l'homme, et l'esprit de liberté brûle avec tant de force dans sa poitrine qu'aucun lavage de cerveau, aucun totalitarisme ne peuvent l'étouffer."

Murray Rothbard in "L'éthique de la liberté" (Editions Les Belles Lettres, 1991, page 366).

"Un politicien honnête est celui qui, une fois acheté, demeure acheté."
Robert A. Heinlein in "Sixième colonne" (éditions Terre de Brume, 2006, page 111).

SOMMAIRE :

Lecture : "Si la gauche savait" par Michel Rocard.

Un nouveau parti politique : "Alternative Libérale".

Lecture : "État d'urgence", roman de Michael Crichton.

"La Production privée de la sécurité" par Jasmin Guénette.

"Le Cri du contribuable" n°8 est en kiosque.
La "Déclaration de souveraineté individuelle" de Pierre Lemieux.
Lecture : "La bureaucratie" par Ludwig von Mises.
A propos du "Monde diplomatique". (connaissons nos ennemis ! 3).

Actualité :
Le Vatican contre les libertés.
"Contribuables associés" : parutions récentes.

A propos du NON libéral au projet de constitution européenne.
Boris Vian, auteur libertarien...

Lectures :
"Outrage à chefs d'Etat" et "Les vices ne sont pas crimes" par Lysander Spooner (aux origines de l'anarchisme individualiste).
"Défendre les indéfendables" par Walter Block.

Défendre encore et toujours la liberté d'expression...
Citation.
Actualité : "Le cri du contribuable" n°2 est paru.
Quelques mots sur "Vingt et un siècles d'économie" de Philippe Simonnot.

"The Lord of the Welfare States..."
D&D : quel alignement pour les libertariens ?
Actualité : Badnarik président !

Lectures :
"L'écologiste sceptique" de Bjørn Lomborg (le véritable état de la planète).
"Richesse et pauvreté des nations" de David S. Landes (l'histoire et l'économie racontées par un conservateur).
"ATTAC ou l'intoxication des personnes de bonne volonté" de Jacques de Guenin (connaissons nos ennemis ! 2).

Actualité :
Ecrivez à votre député UMP... et il vous répondra ! (Parties 1 & 2)
Anniversaire : Urgesat ! a un an.
Urgesat ! proteste contre le projet de loi sur l'économie numérique (LEN).
Marche pour Célébrer le Capitalisme.


Comptes-rendus de lecture :

"Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste" de Johan Norberg (une bouffée d'oxygène).
"Les Trotskistes" de Christophe Nick (connaissons nos ennemis ! 1).
"La trahison des Rosenberg" de Florin Aftalion (retour sur un épisode de la "Guerre froide").
"Le mythe du fossé nord-sud" d'Yves Montenay (essai libéral sur le problème du sous-développement).

"Des lions menés par des ânes" de Charles Gave (cri d'alarme à propos de la situation économique actuelle).
"Libéralisme" de Pascal Salin (Attention, chef d'oeuvre !).
"Vers une société sans Etat" de David Friedman (essai de philosophie politique libertarienne).
"L'éthique de la liberté"de Murray Rothbard (essai de philosophie politique libertarienne 2).
"L'Amérique-monde" de Guy Millière (essai sur les Etats-Unis).

"Ecrits personnels" de Ronald Reagan (chroniques).
"Du passé faisons table rase !" sous la direction de Stéphane Courtois (essai d'histoire sur le communisme).
"Les Iks" de Colin Turnbull (ethnologie dans des conditions extrèmes).
"Les naufragés" de Patrick Declerck (ethnologie dans des conditions extrèmes 2).
"Les enfants de Rifaa" de Guy Sorman (à la rencontre des musulmans libéraux).
 
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Michel Rocard : « Si la gauche savait. Entretiens avec Georges-Marc Benamou ».
Éditions Robert Laffont (2005).

A l’époque où j’étais socialiste - un longue période qui duré plus de vingt ans - j’aimais bien Michel Rocard. Il paraissait plus moderne et surtout plus honnête que François Mitterrand et sa clique. Il ne ménageait pas idéologiquement les marxistes et les communistes comme pouvaient le faire les autres dirigeants socialistes avant tout soucieux de victoires électorales à n’importe quel prix. Il semblait ouvert aux réalités économiques et était proche de la CFDT d’Edmond Maire.

Beaucoup d’eau a passé sous les ponts depuis cette période et c’est avec une certaine curiosité que j’ai ouvert ce livre d’entretiens intitulé « Si la gauche savait ». Michel Rocard y raconte son itinéraire politique et y règle ses comptes essentiellement avec le Grand Méchant : François Mitterrand. Il y a quelque chose de pathétique dans ces pages remplies d’excuses et de justifications d’une action politique qui a beaucoup promis et qui a si peu tenu.
Mais qu’est-ce qui fait courir Michel Rocard ? D’abord l’idée que si les dirigeants politiques sont honnêtes et partagent les « bonnes » idées, ils pourront à force de débats, de discussions et de négociations convaincre leurs interlocuteurs et réformer la société dans le sens social-démocrate. Rocard est très fier des quelques réformes qu’il a pu mettre en oeuvre comme la création du RMI (qui au départ devait être provisoire) ou celles de la CSG et de la COB. Il veut aussi que la paix scolaire qu’il a pu instaurer dans le domaine de l’enseignement agricole ne soit pas oubliée. Il soutient sans réserve la création de la CMU par Lionel Jospin et croit à la légitimité des "grandes" organisations collectives comme les partis politiques ou les syndicats. Il défend l’euro et la construction européenne, Jaurès contre Jules Guesde.
Apparemment ses idées économiques relèvent d’un keynésianisme modéré et prétendument moral. Ces entretiens laissent percer également un certain goût pour le pouvoir même s’il s’en défend.

D’autres idées transparaissent à la fin de l’ouvrage notamment un nationalisme pro-européen assez pénible et la persistance de la croyance superstitieuse que le capitalisme est dangereux et qu’il a besoin d’être régulé par les politiciens.
Au niveau des idées, Michel Rocard a fait du surplace. Il n’y a pas l’ombre de l’esquisse d’un bilan concernant l’efficacité supposée et les conséquences réelles des réformes qu’il a réalisées ou soutenues. Le RMI ou la CMU pourraient-ils avoir des effets pervers ? La question n’est pas pensable pour Michel Rocard. Il était contre les nationalisations de 1981, non pas parce que voler quelque chose qui ne vous appartient est mal mais parce qu’il prévoyait qu’elles seraient inefficaces et très coûteuses. Le délit d’initié existe-t-il vraiment ? La question ne se pose pas. Les problèmes lourds d’aujourd’hui comme le chômage, la misère, la monté inexorable des déficits publics ne sont pas abordés.

En conclusion, Michel Rocard est bien un politicien. L’assistanat généralisé et l’irresponsabilité massive qui va avec ne sont pas ses problèmes. Les émeutes, l’insécurité grandissante n’existent pas. Le contrôle toujours plus poussé de notre vie privée par l’État et ses serviteurs sont hors de sa perception. Il est très fier de ce qu’il a fait et vit désormais dans un monde de commissions internationales, de conférences et de votes de bonnes résolutions par le parlement européen...

Adieu Monsieur Rocard !

Sylvain

Citations :

1973 : escrocs et fiers de l’être :
« Autre épisode, un peu postérieur : le chiffrage du programme... Une histoire édifiante ! Mitterrand, qui en a assez des attaques de la presse de droite et de la presse économique, demande le chiffrage du Programme commun. Je dirige alors un groupe macroéconomique d’experts. Nous nous mettons au travail... et je découvre qu’au PS on gonfle les chiffres, on fait du truquage. Je refuse donc de présenter ce tableau fantaisiste à la presse. Je le dis à Attali, qui contrôle le dispositif « Etudes ». Il est furieux de ma décision, il est pressé. Il me dit : « Il faut trouver quelqu’un d’autre pour présenter le rapport ». Nous tombons d’accord sur le nom du président d’honneur du groupe des experts, André Boulloche, un homme admirable dont j’ai fait la connaissance lorsque j’étais étudiant, un vieux sage social-démocrate. Donc j’appelle le bon Boulloche et je lui explique la situation. Il hésite puis convient : « Tu as raison, Michel. J’aurais ton âge, ta profession, je ferais pareil. Mais mon statut n’est pas le même, moi je ne suis plus qu’un vieux soldat. Je vais donc y aller.»
« Si la gauche savait », page 202.

Les socialistes sont toujours très généreux... avec l'argent des autres, bien sûr :
« Sur les autres problèmes, mon éthique personnelle était heurtée par la sottise, pas par la honte. Il n’y a pas de honte à nationaliser n’importe comment, et il n’y a pas de honte à doubler les allocations familiales quand le budget n’y est pas, il y a de l’inconséquence. Et de la générosité. »
Idem page 255.

26.3.06
 
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J'ai reçu le 22 mars dernier le message suivant :

"Madame, monsieur l'administrateur de "Un Repas Gratuit Est Supérieur À
Tout ! Urgesat !"

Je vous contacte de la part d'Alternative Libérale, le nouveau
parti politique qui vise à porter un libéralisme "grand angle"
(pas uniquement économique) sur la scène politique française. En
effet, depuis 2002 et l'absorption de Démocratie Libérale par
l'UMP, les idées libérales n'ont aujourd'hui plus de porte-parole
en politique. Nous avons donc choisi de relever ce défit et
présenterons des candidats à tous les prochains scrutins, à
commencer par 2007 lors des élections législatives et
présidentielles.

Si notre parti est jeune, il n'en est pas pour autant anecdotique.
Vous pourrez constater sur notre site
(voir ICI) le sérieux de notre engagement: nous
sommes présents dans 52 villes de France et régulièrement invités
à défendre nos idées dans les principaux médias.

Il est important, que nous puissions, entre libéraux, nous
entraider afin que nos idées de Liberté et de Responsabilité
deviennent des références en France.

Notre jeune site a besoin d'accroître son référencement, aussi, je
viens vous demander de nous y aider, en créant depuis votre site,
un lien vers www.alternative-liberale.fr . Votre aide sera
précieuse pour le développement de nos idées.

Je reste à votre disposition pour plus d'informations sur
Alternative Libérale mais n'hésitez pas à visiter notre site
ICI. Vous y trouverez notre
manifeste, nos chantiers, notre présence en France, nos passages
médias...

En vous remerciant par avance pour votre aide,

Librement,

Geoffroy GOBERT
Responsable référencement
Alternative Libérale"


C'est bien volontiers que je mets un lien sur mon blog vers le site de ce nouveau parti politique. Ceci dit la référence à « Démocratie libérale » me laisse sceptique. Je ne suis pas sûr que ce parti politique aujourd‘hui fondu dans l‘UMP était réellement un parti libéral digne de ce nom même si d’authentiques libéraux en faisaient parti...
Quoi qu’il en soit, je souhaite bon vent à « Alternative Libérale » et je lui souhaite de ne pas se compromettre avec la droite parlementaire chiraquienne et de ne pas hésiter à apparaître comme « extrémiste » dans la défense de la Liberté !

Sylvain

15.3.06
 
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Michael Crichton : « État d'urgence ».
Éditions Robert Laffont (2005).
Édition originale : « State of Fear » (2004).
Traduit de l'anglais par Patrick Berthon.
Roman suivi d'une annexe 1 ("Pourquoi la politisation de la science est dangereuse"), d'une annexe 2 (les sources utilisées par Michael Crichton pour les données sur la température mondiale) et d'une bibliographie.

On ne présente plus Michael Crichton, l’auteur de romans aussi célèbres que « Jurassic Park », « Harcèlements » ou « Sphère ». Beaucoup d’entre eux ont été adaptés au cinéma et Michael Crichton est également le créateur de la série télévisée « Urgences ».
Son dernier thriller a pour sujet le catastrophisme ambiant et la peur très répandue aujourd’hui du réchauffement climatique.

La suite est ICI...

10.3.06
 
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Jasmin Guénette : "La Production privée de la sécurité"
Sous-titre : "A propos de l'argumentation libertarienne et anarcho-capitaliste".
Éditions Varia, collection "Sur le vif" (2005).

Jasmin Guénette est québécois. Il est titulaire d’une maîtrise en sciences politiques de l’Université du Québec à Montréal et travaille actuellement à l’Institut économique de Montréal. Il participe par ailleurs au webzine libertarien « Le Québécois libre », une référence pour les libertariens francophones.

Il a publié en novembre dernier ce livre intitulé « la Production privée de la sécurité ». Il s’agit en fait d’une introduction aux conceptions politiques libertariennes avec une insistance particulière sur le problème de la sécurité et des fonctions de police telles qu’elles pourraient s’exercer dans une société libertarienne.
Jasmin Guénette examine successivement les arguments avancés par les grands auteurs inspirant cette philosophie politique qu‘est le libertarianisme et qui militent en faveur d‘une privatisation des fonctions de police.
Sont ainsi successivement présentés les arguments tirés du Droit naturel (exposés par Gustave de Molinari et Murray Rothbard), les arguments utilitaristes (développés par David Friedman), les arguments épistémologiques qui démontrent qu’un système centralisé ne peut pas réunir les informations suffisantes qui lui permettraient de fonctionner efficacement (Ludwig Von Mises, Friedrich Hayek et Randy Barnett), la critique de la démocratie qui permet par définition à certaines violences illégitimes de s’exercer (Pierre Lemieux) et l’argument économique qui montre que tout système étatique en plus d’être inefficace est très coûteux.
Jasmin Guénette poursuit en examinant le cas controversé de l’Islande médiévale qui pendant plusieurs siècles a connu un système privé de police et de justice avant de conclure sur les conceptions très particulières de Robert Nozick qui partant d‘une situation d‘anarchie imagine qu‘un État minimal pourrait légitimement apparaître.

Ouvrage intéressant donc, un peu « fourre-tout » mais qui peut sans doute être un bon aide-mémoire ou une bonne introduction pour des lecteurs désireux de découvrir les conceptions libertariennes. Le choix d’insister sur le problème de la sécurité est judicieux car il s’agit effectivement d’un sujet crucial.
Je regrette cependant que les auteurs mentionnés ne soient pas un peu plus hiérarchisés. Il me semble difficile par exemple d’accorder autant d’importance à Robert Nozick (un auteur quasiment illisible qui en arrive finalement à justifier l’existence d’un État, ce qui est le comble pour un auteur libertarien) et Murray Rothbard ou David Friedman qui sont autrement plus intéressants. L’effet de mode qui a joué dans certains milieux universitaires en faveur de Nozick explique sans doute cela.
Il est dommage également que les nombreuses citations d’auteurs anglophones qui émaillent cet ouvrage ne soient pas traduites. Ce n’est peut-être pas un problème au Québec d’où ce livre nous arrive mais c’en est un ici en France...
Mais ne faisons pas trop la fine bouche, les livres libéraux ou libertariens sont suffisamment rares en français pour que l’ouvrage de Jasmin Guénette ait sa place dans toute bonne bibliothèque.

Sylvain

P.S. : pour se fournir ce livre quand on habite en France, il faut faire preuve de patience. J’ai commandé mon exemplaire sur amazon.fr le 2 décembre 2005, je l’ai reçu dans ma boîte aux lettres le 2 mars 2006. Il m’a coûté 18,19€.

Extrait :
« Au-delà des discussions sur les conséquences de la vie dans l’état de nature ou sur les avantages réels - ou perçus - de la concurrence entre services de police comparativement au monopole de ces services, l’une des caractéristiques les plus marquantes des arguments libertariens demeure une grande foi en l’être humain. Même s’ils se font confisquer une partie importante du fruit de leur travail, les hommes réussissent à créer, dans le monde industrialisé, beaucoup de richesses. Malgré toutes les contraintes légales, ils innovent et s’adaptent aux problèmes qui les entourent. Bien qu’imparfaits, les hommes sont ingénieux et, lorsqu’ils sont libres, ils peuvent mettre à l’œuvre tout leur talent et en faire profiter autrui. Ce qui cause les crises politiques et économiques actuelles, ce n’est ni l’individualisme, ni l’égoïsme, mais plutôt le dirigisme politique à outrance. »
« La Production privée de la sécurité », pages 132 et 133.

4.1.06
 
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Le "Cri du contribuables" n°8 est paru en ce début de la nouvelle année. Devenu mensuel depuis quelques mois, ce journal propose un contenu toujours aussi remarquable. La publication récente du "rapport Pébereau" est l'occasion de revenir sur la dette publique française, tout aussi remarquable elle aussi dans son genre... En complément, on trouvera notamment des articles sur le financement des retraites des salariés d'EDF et de la RATP et sur la croissance des impôts locaux...
Une lecture que je recommande donc chaudement.

Sylvain

P.S. : une autre étude publiée récemment par les "Contribuables associés" est parue en novembre dernier. Elle a pour titre "L'origine sociologique des parlementaires" et a été rédigée par Bertrand Lemennicier et Pierre-Edouard du Cray. Elle est disponible ICI et se conclue par les mots suivants :
"Dans un tel contexte, la mise en oeuvre de la proposition Novelli, visant à interdire le cumul du statut de fonctionnaire et de l'état de parlementaire, s'impose à la fois comme une urgence et une évidence, à moins d' envisager des solutions plus radicales, comme celle d'un gouvernement contractuel et privé."

P.P.S. : je profite de ce post pour souhaiter que 2006 soit l'année où quelques chaînes viendront limiter les nuisances du "Léviathan".
Bonne année à tous.

17.12.05
 
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Vous aussi : signez la Déclaration de souveraineté individuelle rédigée par Pierre Lemieux !

Voir ICI.

Sylvain

14.9.05
 
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Ludwig von Mises : "La Bureaucratie".
Éditions françaises :
1 : Librairie de Médicis (1946).
2 : Institut Charles Coquelin (2003), précédé d'une présentation de la vie et de l'œuvre de Charles Coquelin ainsi que d'une bibliographie de Ludwig von Mises.
Édition originale : "Bureaucracy" (1944).
Traduit de l'anglais par R. Florin et P. Barbier.

Ludwig von Mises (1881-1973) est l'un des économistes libéraux les plus importants du XXè siècle. D'origine autrichienne, il émigre aux États-Unis en 1934 pour fuir le nazisme et enseigne ensuite l'économie à l'université de New York.
Si ses ouvrages sont presque totalement absents de nos jours de l'édition française, de nombreux textes sont disponibles sur Internet (voir ci-après, les "liens" indiqués à la fin de cet article).
Il faut donc se féliciter du travail de l'Institut Charles Coquelin qui vient de rééditer un petit ouvrage de Ludwig van Mises : "La bureaucratie".

Initialement édité en 1944, ce texte est paru dans un contexte difficile pour les libéraux. Si les totalitarismes nazis, fasciste et japonais sont en passe d'être détruits, la dictature communiste de Staline fascine des millions de gens dont beaucoup d'intellectuels. En Occident, le "New Deal" de Roosevelt qui est un processus d'étatisation de l'économie américaine a plutôt bonne presse tandis que le parti travailliste britannique parle presque ouvertement d'instaurer une dictature socialiste. En France, les projets du Conseil National de la Résistance entreront bientôt en application avec leur cortège de nationalisations et la création du Commissariat général du Plan en 1946.
Quelques voix s'élèvent pourtant pour dénoncer l'intervention de État dans la vie économique et la menace que cette intervention fait peser sur la démocratie. On connaît bien sûr le célèbre essais de Friedrich A. Hayek "La route de la servitude" qui date de 1944 mais on peut aussi mentionner "La défaite des vainqueurs" du Français Louis Rougier publié en 1947.

Pour Ludwig von Mises, la bureaucratie n'est pas un phénomène nouveau et pour lui, certains secteurs de l'organisation sociale fonctionnent forcément sous la forme bureaucratique : la justice, l'administration, l'armée, la marine sont explicitement mentionnés page 49 tandis que la police et l'administration fiscale le sont page 134. Pour Mises, le respect des lois régulièrement votées par le Parlement ainsi que le contrôle du budget que celui-ci doit exercer garantissent que les fonctionnaires n'empièteront pas sur les libertés individuelles et que les citoyens échapperont à l'arbitraire.
Les problèmes commencent quand toute une partie de la population ne voit son avenir que dans la fonction publique et ignore complètement le monde de l'entreprise. Quand dans le même moment, le Parlement renonce volontairement à exercer ce pour quoi il a été conçu, les libertés individuelles sont menacées et la démocratie est en danger.
Au passage, Mises dénonce des idées dont le but serait "l'amélioration" de l'efficacité de la bureaucratie comme par exemple nommer des entrepreneurs du privé à la tête des administrations.

Mais qu'est-ce que la bureaucratie ? C'est essentiellement un monde dans lequel il est impossible de savoir si les ressources utilisées sont employées au mieux. Comme les notions de profits, de calculs économiques et donc de satisfaction du client n'y ont pas court, il est impossible de connaître l'efficacité réelle d'une administration, ni même de savoir si cette efficacité existe. Les fonctionnaires et autres bureaucrates ne supportent jamais personnellement les conséquences éventuellement négatives de leur travail. Ils dépendent avant tout de ce que pensent d'eux leurs supérieurs hiérarchiques. La bureaucratie est donc le règne opaque de l'irresponsabilité.
Comme garde fou, Ludwig von Mises en appelle à l'esprit de responsabilité des citoyens-électeurs et leur demande de s'informer des lois rationnelles qui gouvernent l'activité économique. Les électeurs comprendront par là et d'eux-mêmes le message qu'ils doivent transmettre aux politiques. Mises est bien ce qu'on appelle aujourd'hui un "minarchiste" c'est-à-dire quelqu'un qui pense que l'on peut et que l'on doit réduire la taille de État à ses fonctions essentielles.

Les problèmes que posent cette conception sont importants. Mises note bien que les fonctionnaires sont aussi des électeurs et donc que leur vote est d'abord l'expression de la défense de leurs intérêts propres au détriment de l'ensemble de la population. Que faire si les fonctionnaires et autres personnes dépendantes des subsides de État sont majoritaires dans le corps électoral ?
Par ailleurs, comment convaincre les électeurs des bienfaits du libre-échange quand les médias et le système éducatif y sont résolument hostiles ? Mises pense que la vérité s'impose d'elle-même face aux démagogues car elle correspond à la réalité du monde. Par ailleurs, il rappelle que la liberté d'expression est essentielle pour les libéraux.
Très hostile aux idées socialistes qui par définition sont des idées totalitaires, Mises voit bien les dangers qui nous menacent mais les solutions qu'il propose apparaissent comme très insuffisantes pour protéger vraiment les libertés individuelles.
Le problème du minarchisme est qu'il est impossible d'imaginer un système qui empêcherait l’État de croître à nouveau après une hypothétique cure d'amaigrissement. Ce problème fondamental se rencontre également chez un auteur qui fut l'élève et l'ami de Ludwig von Mises : Friedrich Hayek.
Ce sont des auteurs comme Murray Rothbard et David Friedman qui chacun à leur façon iront plus loin et proposeront des réflexions mettant à mal la légitimité de l'État en tant que tel.

Sylvain

P.S. : à noter une excellente initiative des éditeurs de l'Institut Charles Coquelin qui ont inclut un index dans la réédition de 2003. Bravo !

Extraits :

"Le totalitarisme est bien autre chose que la simple bureaucratie. C'est la soumission totale de l'individu, dans le travail et dans le loisir, aux ordres des dirigeants et des fonctionnaires. Il réduit l'homme à n'être qu'un rouage dans un mécanisme de contrainte et de coercition qui embrasse tous les aspects de la vie individuelle. Il oblige l'individu à renoncer à toute activité que l'État n'approuve pas. Il transforme la société en une armée du travail admirablement disciplinée, disent les défenseurs du socialisme, en un bagne, répliquent ses adversaires. En tout cas, il rompt de façon radicale avec le mode de vie auquel les nations civilisées étaient traditionnellement attachées. Avec lui l'humanité ne se contente pas de retourner au despotisme oriental sous lequel, ainsi que l'a noté Hegel, un seul homme était libre et tous les autres esclaves, car les monarques asiatiques n'intervenaient pas dans la vie quotidienne de leurs sujets. L'agriculteur indépendant, le pasteur, l'artisan gardaient un champ d'activité que le roi et ses satellites ne venaient pas troubler et jouissaient d'une certaine autonomie dans la conduite de leur maison et de leur famille. Il en va autrement dans le socialisme moderne, totalitaire au sens strict du mot. Il tient en bride l'individu de la naissance à la mort. A toute heure, le "camarade" est tenu d'obéir implicitement aux ordres venus de l'autorité suprême. L’État est pour lui à la fois le gardien et l'employeur. L’État détermine son travail, sa nourriture et ses plaisirs. Il lui dicte ce qu'il doit penser et ce à quoi il doit croire."
"La bureaucratie", page 22.

"Il n'est pas nécessaire de s'attarder sur ce que les nazis avaient réalisé en ce domaine. Ils avaient réussi à éliminer entièrement de la conduite des entreprises la recherche du profit. L'entreprise libre avait disparu dans l'Allemagne nazie. Il n'y avait plus d'entrepreneurs. Ceux qui avaient été entrepreneurs étaient réduits au rôle de "Betriebsführer" (directeur d'établissement). Ils ne pouvaient diriger comme ils l'entendaient ; ils étaient tenus d'obéir sans réserve aux ordres venus du Bureau Central d'Organisation de la Production, le "Reichswirtschaffsministerium", et des organismes qui lui étaient rattachés pour chaque branche et pour chaque région. L’État ne se contentait pas de fixer les prix et les taux d'intérêt à verser et à réclamer, le niveau de la production et les méthodes à utiliser pour la production ; il attribuait un revenu défini à tout directeur d'établissement, le transformant ainsi pratiquement en un fonctionnaire salarié. Pareil système n'avait, à part l'emploi de quelques termes, rien de commun avec le capitalisme et l'économie de marché. C'était simplement le socialisme de type allemand, la "Zwangwirtschaff". Il ne différait du modèle russe, système de nationalisation intégrale, étendue à toutes les usines, que dans le domaine technique. Et c'était, évidemment, au même titre que le système russe, un type d'organisation sociale purement autoritaire."
Idem, pages 72 et 73.

Liens :

- Tous les renseignements pour se procurer les ouvrages édités ou distribués par l'Institut Charles Coquelin sont ICI.

- L'article Ludwig von Mises de l'encyclopédie en ligne "Wikiberal".

- Une page donnant de nombreux liens vers des textes de Ludwig von Mises mis en ligne sur Internet.

- De nombreux textes encore de Ludwig von Mises sur cette page du site libéral "Catallaxia".

24.7.05
 
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A propos du "Monde diplomatique".
Pour Morca qui m'a inspiré ce post...

Tout le monde probablement connaît et a déjà lu un mensuel un peu particulier qu'on trouve chez tous les marchands de journaux et qui s'appelle le "Monde diplomatique". Référence politique pour beaucoup de militants de gauche et d'extrême gauche, ce journal se caractérise notamment par un anti-américanisme fanatique et un "tiers-mondisme" exacerbé.
Comme beaucoup, j'ai lu pendant plusieurs années ce journal à un âge où les convictions que l'on adopte sont souvent celles de l'entourage au sens large, c'est-à-dire incluant le système éducatif dans lequel on est immergé.

Je voudrais expliquer ici pourquoi je ne lis plus le "Monde diplomatique " et pourquoi ce journal me semble pouvoir être résumé par deux mots : malhonnêteté intellectuelle. Malhonnêteté intellectuelle érigée en système fermé sur lui-même et tentant d'étouffer tout esprit critique.
Pour cela je ne vais pas faire une étude exhaustive de ce journal mais prendre quelques exemples d'articles qui m'ont beaucoup choqué à l'époque de leur publication.

Exemple n°1 : juin 1986 : le "Monde diplomatique " dénonce la culture populaire américaine.
Référence : " Dans l'Amérique de M. Reagan : La culture populaire flirte avec la bombe" par Konrad Ege, journaliste allemand résident aux États-Unis, in "le Monde diplomatique" de juin 1986, page 7.

En 1986, Ronald Reagan est président des États-Unis depuis 1980. Son élection puis sa réélection en 1984 ont plongé la gauche française (mais ce n'est sas doute pas la seule à être dans ce cas) quasiment dans l'hystérie et une campagne permanente de dénigrements et de diffamation rythme la vie des médias français. Tout y passe : Ronald Reagan est traité comme un débile mental (alors que la lecture de ses « Écrits personnels » publiés aux éditions du Rocher en 2003 prouve qu'il n'en est rien), son anticommunisme viscéral est assimilée à une sorte de fascisme, les réformes économiques qui sont mises en oeuvre sous sa présidence sont grossièrement caricaturées et en plus, il paraît que sa femme consulte un astrologue (Ah ça ! ce n'est pas en France qu'un président de la république aurait des relations suivies avec une astrologue...) ! Il n'y a pas besoin de chercher beaucoup pour constater que l'image dominante de Reagan aujourd'hui en France n'a pas beaucoup changé depuis cette époque.
Beaucoup vont aussi reprocher à Reagan sa politique étrangère. Sa volonté de contenir le régime soviétique et ses alliés par une relance de la course aux armements sera vue comme la volonté de préparer la troisième guerre mondiale. Il est sûr aujourd'hui que cette politique de réarmement a été un des facteurs qui ont provoqué la chute du communisme en Europe à la fin des années 80, ce que les nostalgiques de l'ère soviétique ne lui pardonneront jamais...
Comme tout est bon quand il s'agit de discréditer les États-Unis, Konrad Ege explique dans l'article cité en référence que la culture populaire américaine elle-même est contaminée par le "reaganisme". Il cite dans son papier toute une série de phénomènes qui d'après lui prouve que beaucoup d'Américains s'habituent à l'idée de l'apocalypse nucléaire et donc d'une certaine façon la préparent activement.
Dans cette liste assez hétéroclite, K. Ege cite la bande dessinée "Judge Dredd", le jeu vidéo "Missile Commande" et des séries de romans dont l'action se passe dans un univers post-cataclysmique comme "Ashes" ou "Survivalist". Toute une partie de l'article est consacrée aux chrétiens intégristes censés attendre avec impatience la fin du monde car pour eux, Dieu apparaîtra dans une explosion atomique...
K. Ege nomme également le film "Terminator" (avec Arnold Schwarzenegger dans le rôle principal) et reproche à James Cameron, son réalisateur de s'adresser aux douze-dix-huit ans. Que les héros humains du film luttent pour la liberté et pour changer l'histoire n'intéresse pas notre journaliste. Pourtant quel message intéressant à faire passer à des jeunes que de leur faire comprendre que l'avenir n'est pas écrit et que rien n'est inéluctable ("Fight the Future !" disaient les créateurs de la série "X-Files") !
Ce qui m'avait cependant le plus choqué à l'époque de la parution de ce journal était la présence dans l'article des films "Mad Max" et surtout l'insistance de K. Ege à citer les albums "1999" et "Purple Rain" du musicien Prince.
Certes l'action des trois "Mad Max" se passe dans un univers post-cataclysmique mais il faut quand même pas mal d'imagination pour y voir une exaltation de l'idée de guerre atomique...
Quant à Prince, les albums mentionnés font parti de ses meilleurs et ils reflètent assez bien leur époque avec ses doutes, l'inquiétude de certains à l'approche de l'an 2000 et la volonté de faire la fête pour échapper à un quotidien jugé trop terne (thème récurrent des musiques populaires, Ronald Reagan ou pas). Le film de Prince "Purple Rain" prolonge l'album du même nom. Ce n'est sans doute pas un chef d'œuvre cinématographique mais la bande-son reste d'un grand intérêt musical.


Exemple n°2 : mai 1996 : les Rosenberg avaient torts mais ils avaient raison quand même !
Référence : "Retour sur un procès de la guerre froide : Les Rosenberg devaient-ils mourir ?" par Schofield Coryell, journaliste américain, in "le Monde diplomatique" de mai 1996, page 29.

En 1950, deux citoyens américains juifs sont accusés par le FBI d’espionnage au profit de l’URSS : les époux Rosenberg auraient transmis aux Soviétiques des informations concernant les recherches sur la bombe atomique qui étaient alors menées à Los Alamos au Nouveau-Mexique. Protestant de leur innocence, les époux Rosenberg seront jugés en 1951, condamnés à mort et finalement exécutés en 1953. L'affaire sera utilisée par les communistes du monde entier dans leur propagande anti-américaine et des manifestations auront lieu un peu partout pour réclamer la libération des Rosenberg "innocents" et "victimes" de l'État américain et de son antisémitisme.
Là où l'affaire rebondit, c'est que des documents aussi bien russes qu'américains publiés dans les années 70 et surtout 90 vont prouver de façon irréfutable que les Rosenberg étaient coupables et que leur travail d'espion a aidé les Soviétiques à mettre au point leur propre bombe atomique...
Comment vont donc réagir les millions de gens qui ont marché ou pétitionné pour les Rosenberg car convaincus de leur innocence ? L'article du "Monde diplomatique" cité ici est tout à fait représentatif. Pour résumer, S. Coryell explique que les documents américains rendus publics sont peut-être des faux fabriqués par la CIA ou la NSA, que ce qu'ils révèlent était déjà connu des journalistes spécialisés, que le procès était truqué et les Rosenberg condamnés d'avance, que les renseignements qu'ils ont fournis aux Soviétiques ne leur ont en fait rien appris, que les Rosenberg étaient innocents puisque c'est la thèse d'une pièce de théâtre de Tony Kusher et que le "grand public" semble toujours croire à l'innocence des Rosenberg (le contraire serait bien malheureux après plusieurs décennies de désinformation communiste !). Enfin, de toute façon l'exécution des Rosenberg reste un "crime impardonnable".
Donc beaucoup de confusions et de contradictions dans cet article qui soutient notamment et à quelques lignes de distance que les Rosenberg étaient innocents puis reconnaît qu'ils étaient coupables mais que leurs actes n'ont pas eût tant d'importance que ça... Quant aux documents rendus publics par les autorités américaines, il est évidemment plus facile de dire que ce sont peut-être des faux...
Que faire devant une telle confusion intellectuelle ?
A moins que la clef ne soit ailleurs et que S. Coryell ne considère qu'en fait espionner pour le compte de l'URSS n'était pas un crime mais un acte héroïque ? Cela expliquerait son désir farouche de poursuivre coûte que coûte la désinformation et le bourrage de crâne de ses lecteurs...



Exemple n°3 : décembre 1997 : les communistes ont assassiné des millions de personnes dans les pays où ils ont pris le pouvoir ? Ce n'est pas si grave que ça...
Référence : plusieurs articles sur deux pages mais surtout "Loin de l'histoire, une opération à grand spectacle : Communisme, les falsifications d'un "livre noir"" par Gilles Perrault, in "le Monde diplomatique" de décembre 1997, pages 22 et 23.

L'un des évènements marquants de l'édition française à la fin de l'année 1997 a été la publication aux éditions Robert Laffont du "Livre noir du communisme". Ce gros volume de plus de 800 pages a été publié sous la direction de Stéphane Courtois et plusieurs auteurs y examinent dans divers chapitres la dimension violente et criminelle du communisme réel. Les plus gros chapitres sont consacrés à la Russie (chapitre rédigé par Nicolas Werth) et à la Chine (par Jean-Louis Margolin) mais l'Europe centrale, la Corée du Nord, le Vietnam, le Cambodge, le Laos et certains pays d'Amérique du Sud (Cuba, Nicaragua et Pérou) ou d'Afrique (Éthiopie, Angola, etc.) sont également étudiés.
Cette publication va déclencher une bataille médiatique mémorable et un véritable tir de barrage va tenter de discréditer ce livre et ses auteurs. S'il est un peu difficile d'attaquer le "Livre noir..." sur le terrain des faits - la plupart des auteurs sont historiens et tous maîtrisent leur sujet - deux angles d'attaque seront utilisés par les nostalgiques du communisme : parler d'autre chose d'une part ; multiplier les attaques ad hominem d'autre part.
La principale cible des attaques personnelles sera Stéphane Courtois qui a rédigé l'introduction et la conclusion du "Livre noir...". Dans ces deux textes, prenant acte de ce qu'est le communisme, il arrive à la conclusion inévitable que les crimes du communisme en sont une partie essentielle et qu'ils ne sont ni la déviation ni la trahison d'un projet au départ généreux. Ces conclusions feront de leur auteur une cible médiatique contre laquelle tout est permis. On l'accusera de faire le lit de l'extrême droite et de participer à la résurgence de l'anti-sémitisme ; on verra même le chanteur Jean Ferrat presque en larmes sur les plateaux de télévision...
Dans les articles du "Monde diplomatique" cités en référence, c'est plutôt le "parlons d'autre chose" qui est utilisé. C'est la stratégie utilisée par l'écrivain Gilles Perrault qui commence par s'attarder longuement sur les crimes commis par des Français en Afrique au moment de la colonisation pour expliquer que le parti communiste français ayant été le seul à s'y opposer, il ne doit pas être si mauvais que ça... Après c'est un bric-à-brac intellectuel assez curieux :
- Gilles Perrault excuse la déportation des Allemands de la Volga par Staline en 1941 et en 1942 (plus d'un million deux cents mille déportés tout de même ; encore aujourd'hui, on ignore le nombre sans doute très faible de survivants, voir le "Livre noir..." page 241 et suivantes) ;
- il explique qu'un koulak assassiné par les communistes parce que koulak, c'est très différent d'un Juif assassiné par les nazis parce que Juif ;
- ensuite, nous apprenons que les Américains sont les premiers responsables de l'instauration des dictatures communistes à Cuba et au Nicaragua ;
- puis un argument classique : les communistes voulant le bonheur de l'humanité, leur idéal reste valable et admirable (le fait que ces idées aient conduit une centaine de millions de personnes à la mort n'est bien sûr qu'une malheureuse coïncidence) ;
- Gilles Perrault termine sur une liste classique chez les gauchistes des prétendus "crimes" du capitalisme : chômage, guerres tribales (sic), malnutrition, etc.
Je ne sais ce qui est le pire chez Gilles Perrault : son cynisme qui lui fait excuser des crimes abominables (pour lui, peut-être que finalement les victimes du communisme l'avaient bien cherché ?) ou son acharnement à défendre une idéologie qui toujours et partout a conduit au crime de masse et à la terreur. Là aussi, la solution est peut-être ailleurs. Gérard Bouladou a publié récemment un livre intitulé "L'affaire du pull-over rouge : Ranucci coupable!" dans lequel il revient sur une affaire célèbre dans laquelle Gilles Perrault a joué un rôle de premier plan. Sans entrer dans les détails ici, il semble que Gilles Perrault utilise son talent d'écrivain pour rédiger des romans que les naïfs prennent au pied de la lettre mais qui se caractérisent par le plus grand mépris pour les faits réels qui sont censés les avoir inspirés...
D'autres articles de Serge Halimi (surtout des attaques ad hominem), Michel Dreyfus (qui nous explique que Staline était le méchant et Lénine le gentil) et Maurice Lemoine (intéressant mais gâché par une digression sur le Chili qui n’a rien à voir avec le sujet sinon de laisser entendre que si on ne veut pas de la dictature communiste, c’est qu’on préfère les régimes « fascistes »... ) complètent cette calamiteuse double page.

Voilà donc quelques éléments qui font que je ne lis plus depuis longtemps le "Monde diplomatique". Je ne prétends pas bien sûr que tous les articles de ce mensuel sont du même tonneau, il doit bien y avoir de temps en temps (rarement sans doute !) un article intéressant et honnête...
De toute façon, le ton hystériquement anti-américain, la complaisance dont ce journal fait preuve à l'égard des dictateurs du sud (pour peu qu'ils fasse eux-aussi dans l'anti-américanisme primaire évidement) dont Hugo Chavez au Venezuela est le dernier bénéficiaire en date et la croyance que le capitalisme est l'ennemi du genre humain rende la lecture de ce journal pénible et même révoltante.
Il semble qu’il y ait peu de documents sur le net ou ailleurs qui soient critiques à l’égard du « Monde diplomatique ». J’espère que d’autres posts suivront celui-ci car le roi est nu !

Sylvain

Bibliographie complémentaire :
- « La trahison des Rosenberg » par Florin Aftalion, éditions Jean-Claude Lattès (2003) ;
- « Un pavé dans l’histoire : le débat français sur "Le Livre noir du communisme" » de Pierre Rigoulot et Ilios Yannakakis (Laffont, 1998) ;
- « "Le Livre noir du communisme" en débat : les critiques, les auteurs, mémoire et jugement », revue « Communisme » n°59-60 (éd. L’Age d’Homme, 2000).

Post-scriptum du 4 janvier 2006 : l'article de Gilles Perrault est disponible en ligne ICI.
(Merci à Pankkake !)

13.7.05
 
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Le Vatican contre les libertés :

Une fois de plus le Vatican prétend imposer sa prétendue "morale" à l'ensemble de la population :

"Le Vatican condamne les clients des prostitués
[Hervé Yannou in "Le Figaro" du 13 juillet 2005]

Sauver les prostituées et punir les clients. C'est ce que propose le Vatican dans un document publié hier par le conseil pontifical pour les migrants. Cet organisme du Saint-Siège a réuni fin juin à Rome la première rencontre internationale sur le thème de «la libération des femmes de la rue». Ce n'est bien entendu pas la première fois que le Vatican condamne le «plus vieux métier du monde». En revanche, ce n'est plus les proxénètes qui se trouvent directement en ligne de mire, mais les clients. Contre eux, le Vatican demande une sévère répression.
Le Vatican s'est alarmé de la «croissance dramatique» du marché du sexe dans le monde, et surtout en Europe. En France, il représente près de 3 milliards d'euros par an, selon l'Office central pour la répression de la traite des êtres humains. Le Saint-Siège souligne que le trafic organisé pour «répondre à une demande croissante» est alimenté par les ex-pays du bloc de l'Est et le tiers-monde. Cette prostitution forcée est un «esclavage moderne». Avec «l'exploitation sexuelle» et le trafic des êtres humains, c'est un «acte de violence contre les femmes», une «offense» à leur dignité et une «grave violation» des droits de l'homme.

Pour aider à la réinsertion des prostituées qui veulent quitter le trottoir, le Vatican appelle à la mobilisation des ressources publiques et privées. Mais le document, issu des réflexions à huis clos d'une cinquantaine d'évêques, de religieuses et religieux, de membres d'associations et de psychologues venus de vingt-quatre pays, va plus loin. Il stigmatise avant tout les «consommateurs», de plus en plus jeunes. Selon Mgr Agostino Marchetto, l'une des chevilles ouvrières du texte, le client doit être «responsabilisé». Il doit sortir de la logique qu'avec l'argent «tout est possible», même au prix de la dignité humaine.
Pour lutter contre les racines du mal, les amendes ne suffisent pas. Il faut des sanctions pénales. Les clients doivent recevoir plus qu'une simple «condamnation sociale». Ils doivent subir toute «la rigueur de la loi».

Cependant, le Vatican ne perd pas de vue qu'il faut les aider à résoudre «leurs profonds problèmes». Ceux qui paient des prostituées cherchent «davantage la domination que la satisfaction sexuelle». Et si cela ne suffisait pas, le texte souligne aussi que les clients «subissent dans leurs relations sociales et personnelles une perte de pouvoir et de masculinité» et «ne parviennent pas à développer des relations de réciprocité et de respect».
Le Vatican lance une pierre dans la mare des débats et des réformes législatives européennes pour tenter d'endiguer la prostitution et l'industrie du sexe. Les positions oscillent entre prohibition, régulation, abolition ou criminalisation.
Pour le Saint-Siège, en la matière, la loi suédoise est un exemple à suivre. En Suède, depuis plus de six ans, les juges verbalisent lourdement ou condamnent à des peines de prison «les acheteurs» de «faveurs sexuelles». Les résultats sont très probants."


Si le Vatican a tout à fait le droit de condamner "moralement" les prostitués et ceux qui utilisent librement leurs services, son appel à utiliser la loi pour imposer ses conceptions est totalement inacceptable.
Il n'y a pas si longtemps, la hiérarchie catholique s'inquiétait du climat systématiquement hostile au christianisme qui règne ici et en appelait à la liberté d'expression. Quelques temps plus tard, la même hiérarchie catholique obtenait l'interdiction par la justice française d'une campagne de publicité utilisant une photo inspirée du tableau de Léonard de Vinci "La Cène". Aujourd'hui, c'est le Vatican lui-même qui prétend utiliser le pouvoir politique et le pouvoir judiciaire pour arriver à ses propres fins. L'immoralité et le cynisme de ces comportements sont évidents.

Conclusion : la hiérarchie catholique ne renoncera jamais à imposer par la force ses idées mais après tout, est-ce vraiment une surprise ? En effet, comme le service proposé à la population par les appareils religieux est difficile à quantifier, ces derniers ne peuvent imposer leur conception des choses que par la force et doivent se rapprocher du pouvoir politique et si possible, en prendre le contrôle pour survivre...

Sylvain

P.S. : un débat sur ce sujet a eut lieu ICI.

11.7.05
 
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« Contribuables associés » : parutions récentes :

L'excellent magazine "le Cri du contribuable" en est déjà au numéro 4 et son contenu est toujours aussi intéressant. Parmi les points forts de cette nouvelle livraison, il ne faut pas rater le point sur l’endettement de la SNCF (page 14), le problème des autoroutes à péage (pages 32 et 33) - problème d’actualité s’il en est ! - ni le scandale que représente le prétendu « Impôt de Solidarité sur la Fortune » auquel sont désormais assujetties des personnes modestes qui ont la malchance de vivre à des endroits aujourd’hui à la mode (pages 52 et 53). Le dossier de ce numéro est consacré au 16 juillet 2005, jour de la « libération fiscale » pour cette année.
Nous savons bien que le but réel de l’État est de tondre toujours plus la population avec le « minimum de cris » mais il est toujours intéressant de voir de près comment l’État exploite son cheptel. Les rédacteurs du « Cri... » peuvent paraître d’une certaine façon optimistes car ils semblent croire que l’on peut réformer l’État, ce qui en France en tout cas reste à démontrer...

Par ailleurs, les mêmes Contribuables associés publient également d’excellentes monographies. Après « Pression fiscale : le ratio Insee contestable » et « Les véritables effectifs de la fonction publique en France », voici « Subventions aux associations : qui veut gagner des milliards ? » à propos des subventions accordées par les ministères de l'État français aux associations bien en cour.
C’est sans surprise que l’on constatera que l’opacité et le clientélisme règnent en maître dans la distribution de ces subventions mais la situation est encore pire que ce que l’on peut imaginer.
Parmi les faits marquants révélés par cette brochure, on notera que s’il existe environ 800 000 associations en France, seules 8 000 (soit 0,1%) touche une subvention en provenance d’un ministère et que parmi ces 8 000, 89 empochent 40 % du total (chiffres de 2002). Là où les choses se corsent, c’est quand on constate qu’une bonne part de ces 89 associations très privilégiées ne sont pas de « vraies » associations mais remplissent des taches qui relèvent en fait de l’administration comme l’ARRCO (qui gère les retraites complémentaires des salariés) ou la MSA (la « Mutualité Sociale Agricole »).
Quand on pense que tous les échelons politico-administratifs français subventionnent « leurs » associations, l’ampleur des sommes ainsi détournées laisse rêveur…

Sylvain


12.6.05
 
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Un excellent article de Pascal Salin qui explique pourquoi d'un point de vue libéral, il valait mieux voter NON au référendum du 29 mai :
- "Les bienfaits de la victoire du non" par Pascal Salin.

Sylvain

12.4.05
 
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Boris Vian, auteur libertarien...

Au moment où le gouvernement français actuel comme d'autres avant lui veut imposer l'apprentissage de la "Marseillaise" dans les écoles, souvenons-nous qu'en 1954, Boris Vian écrivait une chanson qui a depuis fait le tour du monde : "Le déserteur". A la demande de Mouloudji, Boris Vian a modifié à l'époque le texte d'origine et cette chanson est devenu un hymne pacifiste. En rétablissant les paroles originales, on obtient un texte que tous les libertariens apprécieront.

Sylvain

"Le déserteur

Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter

Depuis que je suis né
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:
Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
Refusez de partir
S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que j'emporte des armes
Et que je sais tirer."


Boris Vian (1954)
Source : livret de Georges Unglik accompagnant le coffret de six CD "Boris Vian et ses interprètes", page 23 (1991).

3.4.05
 
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Lysander Spooner :
1 : « Outrage à chefs d’Etat » suivi de « Le Droit naturel ».

Editions Les Belles Lettres, col. « Iconoclastes » n°3 (1990).
Editions originales : « No Treason - The Constitution of No Authority » (1870) et « Natural Law : or the Science of Justice » (1882).
Traduit par Jeannie Carlier.
Préface de Michel Desgranges.
2 : « Les vices ne sont pas des crimes ».
Editions Les Belles Lettres, col. « Iconoclastes » n°17 (1993).
Edition originale : « Vices are not crimes - A Vindication of Moral Liberty » (1875)
Traduit par Mickael Korvin.
Suivi d’une chronologie de Lysander Spooner.

Lysander Spooner est né en 1808 dans le Massachusetts. Il a été dans sa vie maître d’école, précepteur, homme d’affaire et homme de loi. Il meurt en 1887 après avoir défendu toute sa vie la liberté individuelle et lutté pour l’abolition de l’esclavage. Ses réflexions politiques se fondent sur l’hostilité à l’Etat et l’individualisme, ce qui en fait un précurseur des libertariens d’aujourd’hui.
L. Spooner préconise ainsi un système basé sur la coopération volontaire, contractuelle et sans violence entre les individus.

« Outrage à chefs d’Etat » date de 1870 et examine la légitimité de la constitution américaine. Le problème posé par L. Spooner est que la constitution est une sorte de faux contrat que personne ne signe réellement et qui ne pourrait de toute façon n’engager que les personnes vivantes qui l’auraient signée. En aucun cas un tel texte ne peut légitimement contraindre les descendants des premiers signataires ni les personnes actuelles qui ne l’ont pas signée personnellement. La constitution organise un « contrat social » fictif illégitime.
Ainsi, les serments prêtés au « peuple américain » ou à la constitution par les nouveaux citoyens naturalisés américains n’ont aucune valeur, pas plus que les serments extorqués aux habitants du sud des Etats-Unis par les nouvelles autorités installées après la Guerre de Sécession.
L. Spooner applique également son raisonnement au vote démocratique. Seules les personnes qui votent sont liées par les décisions prisent par les politiciens mais comme le vote est anonyme, ces décisions sont définitivement illégitimes et criminelles. Le vote étant toujours en partie contraint, le fait que certaines personnes utilise le vote comme moyen d’atténuer si peu que ce soit l’oppression (en votant pour le « moins pire ») ne signifie pas que les électeurs adhèrent ou soutiennent le système ni la constitution.
Ce que dit Lysander Spooner s’applique bien entendu à toutes les constitutions existant ou ayant existé mais aussi à toutes les constitutions futures qu’un Etat quelconque chercherait à imposer selon la même violence et la même coercition.

« Le droit naturel », sous-titré « ou la science de la justice » concerne ce que L. Spooner appelle d’une part les droits et les devoirs légaux d’une part, et, d’autre part les devoirs moraux. D’un côté, tous les droits qu’un homme possède sur lui-même et sur ses biens, de l’autre, des obligations morales dont chaque homme peut seul apprécier dans chaque cas s’il faut et s’il veut les respecter. Dans la première catégorie, on trouve le respect de la propriété privée et le respect des contrats librement passés ; dans la deuxième, on trouve ce qu’on appelle parfois aujourd’hui les « droits à... », droit à l’instruction, droit au logement, droit au travail, etc., liste interminable et changeante de droits qui n’en sont pas mais qui permettent aux politiciens de toujours plus intervenir pour leur propre profit dans la vie des autres hommes.
Le Droit naturel permet de définir naturellement les devoirs légaux car il est universel et accepté par tous

Enfin, l’essai « Les vices ne sont pas des crimes », troisième texte de L. Spooner (et dernier à ce jour) traduit en français s’ouvre sur les premières phrases que voici :

« Les vices sont les actes par lesquels un homme nuit à sa propre personne ou à ses biens.
Les crimes sont les actes par lesquels un homme nuit à la personne ou aux biens d’autrui. Les vices sont simplement les erreurs que commet un homme dans la recherche de son bonheur personnel. Contrairement aux crimes, ils n’impliquent aucune intention criminelle envers autrui, ni aucune atteinte à sa personne ou à ses biens .»

« Les vices ne sont pas des crimes », page 9.

Phrases formidables qui conduisent à condamner toutes les intrusions étatiques dans la vie privée des gens. Walter Block dans « Défendre les indéfendables » ne dit pas autre chose.
L. Spooner n’oublie pas que la pauvreté est la grande cause des crimes (exceptés les crimes de l’Etat bien sûr) : le problème du chômage et de la pauvreté est effectivement une question cruciale pour les libéraux.

Les idées anarchistes et individualistes de Lysander Spooner auront une descendance remarquable chez des auteurs aussi divers que Murray Rothbard (« L’éthique de la liberté ») ou l’écrivain de Science Fiction Robert Heinlein
(« Révolte sur la Lune »). En ces temps où se construit sous nos yeux un super-Etat proto-totalitaire appelé « Union européenne », les idées de Lysander Spooner sont plus que jamais d’actualité.

Sylvain

Liens :

- Un extrait de « Outrage à chefs d’Etat ».

- Site consacré à la vie et à l’oeuvre de Lysander Spooner.

Bibliographie :

- "L'anarcho-capitalisme" de Pierre Lemieux, éd. PUF, col. "Que sais-je ?" n°2406 (1988), chapitre VIII : "L'idée de l'Etat-bandit : Lysander Spooner".


18.3.05
 
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Walter Block : « Défendre les indéfendables (proxénètes, vendeurs d’héroïne, prostituées, maîtres chanteurs, faux-monnayeurs et autres boucs émissaires de notre société) ».
Editions Les Belles Lettres (1993).
Edition originale : « Defending the Undefendable. The Pimp, Prostitute, Scab, Slumlord, Libeler, Moneylender, and Other Scapegoats in the Rogue’s Gallery of American Society. Something to offend everyone » (1976).
Traduit de l’anglais par Arlette Rosenblum.
Avec un avant-propos de Murray Rothbard et un commentaire de F.A. von Hayek.

Walter Block est professeur d’économie à l’Université Loyola à la Nouvelle Orléans en Louisiane. Ses idées libertariennes sont connues mais l’essai « Défendre les indéfendables » est son seul ouvrage qui ait été traduit en français. Sous un titre, et surtout un sous-titre assez provocateurs, Walter Block expose les idées libertariennes sur des sujets sensibles qui sont prétextes à de grandes dépenses d’argent et d’énergie dans les sociétés occidentales.
La thèse de Walter Block est que beaucoup d’activités prohibées aujourd’hui ne violent pas le Droit naturel et ne devraient donc pas tomber sous le coup des lois. Au contraire, il démontre que ceux et celles qui pratiquent ces activités sans agresser quiconque sont injustement persécutés et méritent le nom de héros. Que ces activités soient jugées morales ou immorales est un autre problème. Pour les libertariens, la morale est affaire personnelle tant qu’on n’agresse personne.

Ces personnes et les activités qu’elles pratiquent peuvent être grosso modo classées en deux groupes : d’une part, des personnes qui proposent un service condamné par d’autres personnes pour des raisons « morales » ; d’autres part des personnes exerçants certaines activités économiques souvent mal vues mais pourtant très utiles.

Dans le premier groupe, on trouvera les prostituées qui rendent un service visiblement apprécié puisqu’elles continuent à exercer leurs activités malgré la répression policière et la condamnation des bien-pensants. On trouvera aussi le toxicomane qui dans une société libre ne passerait pas son temps à agresser les autres pour avoir de quoi se procurer sa dose, ce qui serait un immense progrès par rapport à la situation actuelle (voir aussi sur ce sujet « Faut-il interdire les drogues ? » par Christian Michel).

Du côté des activités économiques mal vues mais utiles, on peut citer l’importateur qui fournit à la population des produits moins chers, le faux-monnayeur qui ne fait que contrefaire une fausse monnaie fabriquée par l’Etat et le publicitaire dont l’activité relève en dernière analyse de la liberté d’expression. De son côté, le « vieil intraitable », celui qui refuse de vendre sa maison alors qu’à la place on pourrait construire un magnifique immeuble moderne ou un superbe aéroport nous rappelle le caractère sacré et intouchable de la propriété privée. Le « vieil intraitable » pousse la perversité jusqu’à refuser des offres de rachat dont le montant est bien supérieur à la valeur vénale de son bien et ainsi, il défend la liberté de tous.
D'autres chapitres sont consacrés notamment à l'employeur capitaliste, au "jaune" et au spéculateur. Walter Block ne craint pas d'examiner aussi le problème du travail des enfants et celui du policier corrompu par le "Milieu".

Condamnés à la fois pour des raisons morales et économiques, l'auteur examine également le cas des intermédiaires qui sont régulièrement rendus responsables de tous les maux économiques alors que si on fait appel à eux, c’est bien que leur fonction est jugée utile. Il coûte souvent moins cher de trouver des clients ou des fournisseurs en s’adressant à des intermédiaires qui sauront mettre en relation des gens ou des entreprises ayant besoin les uns des autres que de chercher par soi-même de tels partenaires. Les proxénètes entrent dans cette catégorie et la violence qu’on les accuse de faire subir souvent aux femmes est due à la prohibition et à la clandestinité qui entourent leurs activités plutôt qu’à ces activités mêmes. De la même façon les fournisseurs de drogues pourraient exercer paisiblement leur activité dans une société libre.

Ce livre est donc fort intéressant. Il est bien sûr marqué par l’époque à laquelle il a été écrit et certaines réflexions datent un peu. Je pense par exemple à la question de l’avortement (page 32) qui a l’époque n’était pas libre aux Etats-Unis. Pour l’auteur, la légalisation de l’avortement était nécessaire et ne semblait pas poser problème alors qu’aujourd’hui encore, il s’agit d’un sujet très discuté chez les libertariens.
Walter Block exprime aussi dans ce livre l’idée que la planète sera bientôt surpeuplée et que l’homme devra s’adapter à cette nouvelle situation (page 146). Ce fantasme très courant dans les années 70 fera sourire le lecteur de Bjørn Lomborg.
Phénomène plus inquiétant, certains interdictions qui n’étaient pas concevables à l’époque se sont bel et bien matérialisées. Page 54, Walter Block explique que l’argument selon lequel il faut interdire l’héroïne sous prétexte que son usage peut rendre les héroïnomanes incapables de travailler et « d’assumer leurs obligations financières envers leur famille » est inacceptable car nombreuses sont les activités qui peuvent rendre leurs usagers incapables d’accomplir leur tâche dans certains domaines. Il faudrait donc interdire aussi « le jeu, l’alcoolisme, l’usage du tabac, la conduite d’automobiles, les voyages aériens (...). Ceci serait manifestement absurde. » Cela n’est plus si absurde que cela puisque par exemple l’usage du tabac est de plus en plus considéré comme un délit, en attendant de devenir un crime. L’alcoolisme par ailleurs est régulièrement, et depuis toujours l’objet de dénonciations via des campagnes de presse.

Malgré les années, ce livre est à lire car on y trouve le point de vue libertarien sur des sujets qui peuvent sembler secondaires mais qui, du fait qu’ils sont « limites » permettent à Walter Block de développer très logiquement les prémisses libertariennes. Il y a peu d’ouvrages en français ou traduits en français qui développent un tel point de vue.

Sylvain

Lien :
- L’introduction par l’auteur à la traduction portugaise de « Défendre les indéfendables ».

Extrait :
« L’économie dirigée ou planifiée est la facilité même dans sa conception. Les chefs de l’économie décident simplement ce qui doit être produit, qui doit le produire et comment, et qui doit recevoir les bénéfices de cette production.
Par contraste, l’économie volontaire ou l’économie de marché libre est très complexe. Le particulier peut décider de ce qu’il veut produire et comment le produire. Le stimulant est sa jouissance personnelle du produit et de ce qu’il peut en obtenir quand il le vend à d’autres gens. Au lieu d’être coordonnée par des directives économiques, l’économie du marché libre est, comme nous l’avons constaté, coordonnée par le mécanisme des profits et pertes.
(...)
Si on les laissait faire, et si les profits étaient sévèrement limités ou entièrement proscrits, le collectivisme coercitif en serait renforcé à ce degré extrême. Les libertés personnelles seraient noyées dans un déluge d’ordres venus du sommet. L’individu ne peut pas être libre si son existence économique est fondée sur le caprice d’un dictateur économique dont les ordres sont sans appel. Dans un marché libre, si vous quittez votre emploi, si un employé quitte votre service, si un client refuse de vous acheter ou un fournisseur de vous vendre, il y a d’autres patrons, employés, clients ou fournisseurs existants ou potentiels. Mais dans une économie surveillée il n’y a pas d’autres choix. Les déviations, les excentricités ou les inclinations non orthodoxes ne sont pas tolérées. »

« Défendre les indéfendables », chapitre « Le profiteur (ou l’affairiste) », pages 211 et 212.

11.3.05
 
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Défendre encore et toujours la liberté d'expression...



A la demande des évèques français, le tribunal de grande instance de Paris a prononcé jeudi 10 mars 2005 l'interdiction de la campagne d'affichage de la dernière publicité de Marithé et François Girbaud qui détournait le tableau de la Cène de Léonard de Vinci. Il y a peu, les évèques se plaignaient du développement d'un climat anti-catholique en France et en appelaient à la liberté d'expression...

Sylvain

Lien :
- Article dans "Libération" du 10 mars 2005.

2.2.05
 
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Citation :

« Les tribunaux français ont maintenant condamné Faurisson pour avoir, entre autre vilenies, manqué à la « responsabilité » et à la « prudence » de l’historien, pour avoir négligé d’utiliser des documents probants, et avoir « laissé prendre en charge par autrui (!) son discours dans une intention d’apologie des crimes de guerre ou d’incitation à la « haine raciale ». Dans un déploiement de lâcheté morale, la cour prétend ensuite qu’elle ne restreint pas le droit pour l’historien de s’exprimer librement mais qu’elle punit seulement Faurisson pour en avoir usé. Par ce jugement honteux, on donne à l’Etat le droit de déterminer une vérité officielle (en dépit des protestations des juges) et de punir ceux qui sont coupables d’« irresponsabilité ». Si cela ne déclenche pas de protestations massives, ce sera un jour noir pour la France. »
Noam Chomsky, « Réponses inédites à mes détracteurs parisiens »,
Cahiers mensuels « Spartacus » n°128 (1984), pages 43 et 44.

Liens :

- "Noam Chomsky et les médias français" par Arnaud Rindel ;

- "Liberté d'expression absolue" par Pierre Lemieux.

Post-scriptum :

"Quand on a dit que le négationnisme était un délit, je n'ai rien dit, je n'étais pas négationniste.
Quand on a dit que le racisme était un délit, je n'ai rien dit, je n'étais pas raciste.
Quand on a dit que l'irrésolution politique devait être combattue, je n'ai rien dit, j'avais mes opinions.
Quand on m'a dit que mon opinion était devenue un délit, il ne restait plus que les collectivistes pour parler."

Xavier Collet

26.1.05
 
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Il est paru : « Le cri du contribuable » n°2.

Au sommaire :
- un dossier de 17 pages sur les fonctionnaires ;
- une enquête sur la flambée des impôts locaux à Lyon ;
- un bilan de "Lille 2004" ;
- le Conseil économique et social : des rapports à 1 million d’euros la pièce... ;
- les associations qui croquent le plus de subventions publiques...
- 10 millions de cartes vitale qui se baladent dans la nature..., etc.
Bref, une lecture chaudement recommandée.
(3,50€ chez tous les marchands de journaux)

Sylvain


15.12.04
 
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Philippe Simonnot : « Vingt et un siècles d’économie »
Sous-titre : « en vingt et une dates-clés ».
Editions Les Belles Lettres (2002).

Philippe Simonnot est économiste. Chroniqueur au Figaro, il a également collaboré au « Nouvel économiste » pour lequel il a rédigé tout au long de l’année 2000 une série de chroniques consacrées à l’histoire économique de l’Occident de l’Antiquité à nos jours.
C’est cette série de textes qui a servie de base au livre « Vingt et un siècles d’économie ».
Philippe Simonnot a retenu 21 dates-clés, une par siècle, de la découverte de la route maritime de l’Egypte aux Indes en 116 avant notre ère au grand krach de 1929 en passant notamment par le traité de Verdun de 843 qui organise le partage de l’empire de Charlemagne et la grande épidémie de peste du quatorzième siècle.
Pour le débutant en économie que je suis, ce livre est une excellente introduction à une science qui paraît de prime abord à la fois ardue et confuse. Philippe Simonnot a le don de rendre compréhensibles des phénomènes économiques comme les échanges ou la monnaie.
Il fait prendre conscience que l’économie est finalement l’activité humaine par excellence et que sa méconnaissance est une source de troubles graves.
Pour moi, le chapitre emblématique de ce livre est celui qui est consacré à l’effondrement de l’Empire romain au cinquième siècle. Pour résumer, Philippe Simonnot explique en quelques pages comment l’impossibilité de protéger à un coût raisonnable la prospérité des citoyens romains a fini par entraîner sa fin...
Le choix de ne proposer qu’une date par siècle, mais pour tous les siècles de notre ère crée un effet des plus intéressant : l’Empire romain ayant droit à cinq chapitres et le Moyen Age à neuf, ce qu’il est convenu d’appeler les « Temps modernes » sont contenus dans six chapitres seulement. Cet effet vise à combattre le sentiment que les Temps modernes sont radicalement différents de ce qui les a précédé et donne une idée concrète de l’immensité du temps qui nous sépare de l’Antiquité.
Par ailleurs, chacun des chapitres est utilement complété par une brève bibliographie.

Le grand oeuvre de Philippe Simonnot et dont la lecture est nettement plus ardue, s’intitule « Economie du Droit ». Au moment où paraît le tome 2 intitulé « Les personnes et les choses », il me semble intéressant de rappeler que cet économiste est aussi un excellent vulgarisateur. On complétera très utilement la lecture de « Vingt et un siècles d’économie » par « 39 leçons d’économie contemporaine » tout aussi passionnant.

Sylvain




2.11.04
 
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The Lord of the Welfare States... ou



... une image qui vaut mille mots.

Hommage à Tolkien d'une part, attaque violente contre l'économiste John Keynes et des politiques qu'il a inspirées d'autre part, cette image de l'ami Eskoh est un chef d'oeuvre.

Sylvain

P.S. : les débutants en économie liront avec grand profit la présentation de l'oeuvre de Keynes dans les chapitres 22 à 29 de "39 leçons d'économie contemporaine" de Philippe Simonnot (Folio actuel n°61, 1998) qui remet les pendules à l'heure.


24.10.04
 
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Quel alignement pour les libertariens ?

Il n’y a pas que la politique dans la vie, heureusement !
J’ai récemment ressorti de sa boîte le jeu de rôle sur CD-Rom « Baldur’s Gate » et j’ai repris l’exploration des Royaumes Oubliés avec mon groupe d’aventuriers.
Là où ça devient intéressant, c’est quand on lit les caractéristiques des personnages et en particulier leur « alignement ».
Baldur’s Gate est une adaptation informatique du jeu de rôle sur table « Donjons et Dragons ». Dans ce jeu, les personnages que les joueurs dirigent ont toute une série de caractéristiques qui les définissent. Parmi elles, les personnages doivent se conformer à leur alignement, une sorte d’ensemble de règles de conduite morales. Il y a neuf possibilités car les personnages se placent selon un premier axe bon/neutre/mauvais et selon un second loyal/neutre/chaotique. Toutes les possibilités étant permises, on obtient bien neuf combinaisons différentes.
Le premier axe est classique, vous choisissez en gros d’être « gentil », « méchant » ou « neutre ».
Le second axe est plus intéressant car il définit les idées de votre héros concernant la société.
Un personnage loyal est attaché à un modèle de société dans laquelle les lois et les autorités doivent être respectées. De gré ou de force, l’ordre doit régner. Le manuel nous dit :

« les personnages de cet alignement croient qu’une société ordonnée et forte dotée d’un gouvernement moral peut contribuer à améliorer la vie de la majorité des gens. »
(à propos de l’alignement loyal bon.)

« les personnages de cet alignement accordent une importance majeure à l’ordre et l’organisation. Ils croient en un gouvernement fort, bien ordonné, que ce gouvernement soit tyrannique ou démocratique. Des lois doivent être créées et respectées. »
(à propos de l’alignement loyal neutre.)

et enfin :
« ces personnages croient que structure et organisation élèvent ceux qui méritent de gouverner. Ils préfèrent une hiérarchie clairement définie entre maître et serviteur. Si quelqu’un souffre à cause d’une loi qui profite aux personnages loyaux mauvais, tant pis. »
(à propos de l’alignement loyal mauvais.)

A côté de ces personnages loyaux un peu psychorigides, d’autres seront « neutres » ou « chaotiques ». C’est cette dernière catégorie qui me semble très intéressante. Tous les personnages chaotiques se méfient des contraintes sociales et ne se laissent pas embrigader, ce qui est déjà très bien.
Mais voici ce que le manuel du jeu nous dit à propos de l’alignement « chaotique bon » :

« les personnages chaotiques bons sont des individualistes féroces qui se distinguent par une propension à la gentillesse et à la générosité. Ils croient en toutes les vertus de la bonté et de la droiture, mais font peu usage des lois et règlements. Ils sont inutiles pour ceux qui « essayent de manipuler les populations et de leur dire quoi faire ». Leurs actions sont guidées par leur boussole de morale qui, bien qu’elle soit bonne, n’est pas toujours en parfait accord avec le reste de la société. »

L’individualisme, la bonté et la droiture morale, la méfiance à l’égard des lois et des règlements, le refus de diriger la vie des autres, le refus de se laisser manipuler par les hommes de pouvoir, l’existence d’une morale supérieure devant laquelle doivent s’incliner les lois, voilà un excellent programme pour les libertariens ! Il suffirait peut-être de rajouter une référence au Droit naturel...
Amis chaotiques bons, aiguisez vos épées, préparez vos sorts et sus aux loyaux pro-étatistes !

Sylvain

P.S. : le manuel de Baldur’s Gate nous permet aussi de savoir qui dirige le monde réel. Citation :
« Comme ils honorent tous les contrats ou serments qu’ils ont faits, les personnages loyaux mauvais font très attention lorsqu’ils donnent leur parole. Une fois celle-ci donnée, ils y manqueront uniquement s’ils trouvent un moyen légal de le faire, en respectant les lois de la société. »
Oui mais quand on a le pouvoir dans une société démocratique il est relativement facile de changer la loi...

30.7.04
 
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Badnarik président !

Il n'y a pas que Bush et Kerry...
Urgesat soutient la candidature de Michael Badnarik aux prochaines élections présidentielles américaines !
Pour en savoir plus, allez voir ICI. On lira également avec profit cette excellente présentation de Maxime Rollin du programme de M. Badnarik sur le site de Liberté Chérie (merci à Jabial).

Sylvain

P.S. : un jour en France aussi il y aura des candidats libertariens aux élections...




Résultats (le 06/11/04) :

Les élections américaines ont donc eu lieu. Michael Badnarik a obtenu plus de 379 000 voix, ce qui est comparable au score obtenu par le candidat libertarien aux présidentielles de 2000. Il arrive en quatrième position derrière Ralph Nader qui le précède d'environ 17 000 voix. Cette élection confirme que le Libertarian Party est le troisième parti américain. Badnarik dépasse les 1% dans huit Etats : en Alaska, en Arizona, en Georgie, dans l'Idaho,dans l'Illinois, dans l'Indiana, dans le Massachusetts et au Texas.

23.7.04
 
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Bjørn Lomborg : « L’écologiste sceptique »
Sous-titre : Le véritable état de la planète.
Le Cherche Midi (2004).
Edition originale danoise : « Verdens Sande Tilstand » (1998).
Edition anglaise révisée : « The Skeptical Environmentalist » (2001).
Traduit de l’anglais par Anne Terre.
Préface de Claude Allègre.

Pour Jean H., qui croit que dans vingt ans nous n’aurons plus d’essence pour faire rouler nos voitures...

Après une annonce prématurée en janvier, le très attendu livre de Bjørn Lomborg est enfin sorti en français en mai dernier.
La parution de cette édition (assez laide, il faut bien le reconnaître) est un événement car il s’agit d’une somme de plus de 700 pages dans laquelle l’auteur passe en revue quasiment tous les problèmes contemporains liés à l’environnement...
La suite est ICI.


12.7.04
 
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David S. Landes : « Richesse et pauvreté des nations ».
Editions Albin Michel (2000).
Edition originale : « The Wealth and Poverty of Nations »( 1998).
Traduit par Jean-François Sené.

David S. Landes est né en 1924. Il a été professeur d’histoire et d’économie à Harvard et a l’habitude de publier des livres assez volumineux dont l’ambition est de faire le tour d’un problème ou d’un phénomène historique donné.
« Richesse et pauvreté des nations » est sous-titré « Pourquoi des riches ? Pourquoi des pauvres ? » et l’auteur tente de trouver des explications au fait que certaines nations ou certains états sont riches alors que d’autres sont pauvres. Les libéraux pensent que si leurs idées étaient appliquées, la pauvreté et la misère reculeraient ou même disparaîtraient, c’est dire si les questions posées ici par David S. Landes sont cruciales.

Ce livre comporte des chapitres tout à fait passionnants et d’autres qui m’ont semblé nettement moins aboutis. Détaillons.

Parmi les réussites incontestables, le rappel que les conditions naturelles ne sont pas partout identiques. Certaines régions du monde bénéficient d’un climat tempéré favorable à la vie humaine alors que d’autres sont le paradis des virus et des bactéries. L’auteur rappelle que seules la science et la technologie permettront d’apporter des réponses à ces graves difficultés (page 38).
Deuxième point important : l’influence de la culture. Les êtres humains ne partagent pas les mêmes croyances ni les mêmes valeurs et ces différences ont des effets considérables dans la vie et le développement des sociétés. David S. Landes se pose en héritier de Max Weber qui a voulu établir un lien entre les valeurs protestantes et le développement du capitalisme (son ouvrage le plus célèbre « L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme » date de 1905 mais n’a été traduit en français qu’en... 1964!).
Troisième point positif : l’affirmation que la place des femmes et la façon dont elles sont traitées sont de bons indicateurs du niveau de développement atteint par une société.

David S. Landes est imperméable aux diktats du politiquement correct et refuse tout relativisme. Il est hostile au socialisme et au communisme et fustige la socialisation des moyens de production. Il pense aussi que la catastrophe de Tchernobyl en 1986 a joué un rôle déterminant dans l’effondrement de l’URSS.
Tout cela est très positif bien entendu mais à côté de cela il y a des affirmations qui me semblent étranges ou contradictoires avec tout cela.

Et d’abord l’affirmation que l’Etat peut avoir un rôle positif à jouer dans l’économie. M. Landes justifie par exemple les barrières douanières quand une industrie est jeune et trop faible pour résister à la concurrence mais il reconnaît pourtant que « à ces questions, il n’est pas de réponses simples, non ambiguës. C’est une chose de prôner une politique active du gouvernement, une toute autre chose de prendre et d’appliquer les mesures qui conviennent » (page 669). C’est là la porte ouverte à l’arbitraire, au clientélisme voire à la corruption, phénomènes dont souffrent beaucoup d’états mêmes développés. Les hommes de l’Etat de tous les pays du monde ont une tendance forte à violer les droits de propriété quand cela va dans le sens de leur intérêt. Qui décidera que telle intervention est bonne et telle autre mauvaise ? Qui sera responsable si les choses tournent mal ?
Nous savons bien que dans nos états démocratiques et contrairement à ce qu’ils arrivent trop souvent à faire croire, l’horizon des hommes politiques n’est pas le long terme mais la prochaine élection.

David S. Landes semble ainsi établir une différence radicale entre des Etats de type totalitaire comme l’empire chinois, l’empire aztèque, l’URSS ou les tyrannies africaines d’inspiration socialiste d’après les indépendances et les Etats développés démocratiques qui peuvent certes parfois aller trop loin dans le protectionnisme ou dans leur nombre de fonctionnaires mais qui fondamentalement sont « bons »...
Et pourtant, les dirigeants de ces démocraties sont responsables du colonialisme, de deux guerres mondiales, ils n’ont pas hésité à commettre des crimes quand ils en ont eu l’occasion (1) et aujourd’hui ne cessent de vouloir régenter nos vies toujours plus précisément... tout à fait comme leurs homologues des systèmes plus franchement totalitaires. Certains diraient que les hommes de l’Etat des pays démocratiques sont plus intelligents et qu’ils ont compris qu’ils pouvaient gagner beaucoup plus sans avoir à construire des camps de concentration...

David S. Landes ne justifie pas sa position étatiste et se contente de l’affirmation que « l’Etat peut faire (fera) certaines choses -la défense, la police - mieux que l’entreprise privée » (page 666). Sur ce sujet central pour un anar-cap, il ne donne aucune précision et n’avance pas le moindre argument.

Le problème de David S. Landes me semble-t-il est qu’il est prisonnier d’une lecture littérale et erronée de l’oeuvre d’Adam Smith « Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations » (1776) dont Philippe Simonnot a expliqué dans le chapitre 9 de son livre « L’erreur économique » (Editions Denoël, 2004) tout le mal qu’il faut en penser...

Sylvain

(1) : Juste un exemple : lire l’encadré « Le retour forcé en URSS des prisonniers soviétiques » par Stéphane Courtois et Jean-Louis Panné in « Le livre noir du communisme » (Editions Laffont, 1997, pages 351-354).

Liens :

Un entretien avec David S. Landes paru dans la revue protestante
« Réforme » ICI et un compte-rendu de lecture très favorable par Alexandre Delaigue .

P.S. : David S. Landes a également publié un remarquable ouvrage sur l’histoire de l’invention des horloges et sur leur rôle dans la naissance du monde moderne. Il s’agit de « L’heure qu’il est » dont l’édition française a été publiée chez Gallimard en 1987.



30.6.04
 
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Jacques de Guenin : « ATTAC ou l’intoxication des personnes de bonne volonté »
Institut Charles Coquelin (2004).
Préface de Pascal Salin.
On peut se procurer ce livre en le commandant à l’Institut Charles Coquelin, 75, rue Claude-Bernard, 75005 Paris en joignant un chèque de 21,50 € à l’ordre de Cefgec.

Si vous fréquentez les sites libéraux, vous avez déjà dû entendre parler de ce livre (voir ICI ou par exemples) mais les livres en français d’inspiration libérale étant quand même assez rares, il ne faut pas laisser passer ce titre. Ce livre a d’abord été rendu possible par les miracles de la micro-édition informatique. Comme les éditions book-e-book dans un autre domaine, l’Institut Charles Coquelin édite des livres qui ne trouveraient sans doute pas leur place chez un éditeur plus classique (1).

Jacques de Guenin prend pour cible les idées véhiculées par l’association « ATTAC » et les réfute quasiment une à une. Il examine ainsi notamment l’idée de la taxe dite « Tobin », la crise en Argentine, l’échec patent des politiques étatiques d’« aide au développement » et les OGM. A chaque fois, ses arguments sont solides et le ton est modéré. Pour l’auteur, tout individu est accessible à la raison et peut être convaincu par le libre examen des faits réels. Le tout donne un excellent argumentaire libéral qu’il ne reste plus qu’à faire lire aux militants et aux sympathisants d’ATTAC...

En ce qui concerne cette dernière association, je ne suis pas aussi sûr que l’auteur que ses membres ou ses sympathisants sont si bons et si généreux qu’il le dit. Après tout, les exemples de gens ayant réussis à justifier les pires régimes et les pires crimes de l’histoire ne sont pas rares alors justifier la « taxe Tobin »... J’ai du mal à croire au modèle d’une organisation dont les dirigeants sont cyniques et menteurs (beaucoup d’entre eux sont ou ont été communistes) mais dont les adhérents de base sont pleins d’amour pour l’Humanité. Dans une société comme la notre où l’information est disponible pour peu qu’on se donne la peine de la chercher, ce modèle n’est pas satisfaisant. Il faudra revenir sur cette question.

Citation :
« Dans mes tentatives pour établir des ponts, j’ai eu plutôt plus de succès avec les communistes qu’avec les socialistes. Je ne suis pas sûr de savoir pourquoi, mais le fait est là. »
« ATTAC ou l’intoxication... », page 13.

Le livre se clôt par un texte intitulé « Savez-vous vraiment ce qu’est le libéralisme ? », texte très pédagogique qui résume bien ce que sont le libéralisme classique ou le minarchisme (texte disponible ICI ou , merci à RonnieHayek).
Je regrette quand même que ce livre ne comporte ni index ni bibliographie (2), ce qui est malheureusement habituel dans l’édition française.

Sylvain

(1) : les autres titres édités par le même institut sont ICI (merci à wazaa31).
(2) : par exemple, la parution cette année du livre de Johan Norberg « Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste » chez Plon aurait pu être signalée.

8.5.04
 
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2ème partie :


Réponse :
Voici donc la réponse que j'ai reçue à mon courrier envoyé à Edouard Courtial, député UMP de l'oise le 25 avril 2004 :

"Cher Monsieur,

J’ai bien reçu votre courrier en date du 25 avril dernier, qui a retenu toute mon attention.

Il n’est jamais agréable d’apprendre qu’une personne fidèle, pendant de longues années, au parti qu’on représente, n’a plus confiance en ce dernier. Il l’est d’autant moins à un moment où ledit parti a besoin de tous ses soutiens pour faire avancer ses idées.

J’ai tout à fait conscience que, pour de nombreux électeurs de droite, le gouvernement n’a pas engagé assez de réformes et n’a pas été assez loin dans celles qu’il a conduites. Je le déplore d’ailleurs. Mais, il ne faut jamais oublier que la France est un pays très difficile à réformer, tant les socialistes ont établi des gardes-fous pour la rendre « irréformable ».

Le gouvernement Raffarin se heurte à quatre contraintes majeures pour mener à bien les réformes que vous attendez :

- La situation calamiteuse des finances publiques laissée par le gouvernement Jospin : l’audit financier demandé par Raffarin à son arrivée au pouvoir a révélé un déficit de l’Etat de 44,6 milliards d’euros (au lieu des 30 milliards prévus dans la loi de finances 2002), soit un dérapage de près de 50 %. Il faut savoir que ce déficit est supérieur à celui constaté en 1997 (40 milliards d’euros), alors que le gouvernement Jospin a profité d’une croissance sans équivalent.

- La conjoncture économique défavorable : le gouvernement Raffarin n’a pas été gâté par la conjoncture économique : + 0,3 % de croissance en 2003 (à comparer avec une moyenne de près de 3 % pour les 5 années du gouvernement Jospin, gâchée ne raison de mesures aberrantes pour l’économie : passage aux 35 heures, emplois-jeunes...)

- L’influence des médias (surtout télévisuels), qui ne relaient pas suffisamment l’information et ne jouent pas leur rôle pédagogique en faveur des réformes nécessaires à notre pays.

- L’importance de la notion d’acquis social dans notre société.

Dans ces conditions, il n’est pas juste de considérer que l’actuel gouvernement Raffarin n’a pas engagé de réformes fondamentales : la sauvegarde de notre système de retraites en est une. Celle de l’Assurance maladie devrait suivre prochainement.

De surcroît, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, qui semble vouloir montrer le bon exemple à Bercy, le rythme de baisse du nombre de fonctionnaires devrait être augmenté. Cette mesure illustre la volonté de l’équipe en place de moderniser l’Etat : l’introduction d’une prime au mérite dans la fonction publique, la suppression de multiples commissions administratives annoncées récemment par Eric Woerth, la réforme de la Taxe Professionnelle, la nomination d’un interlocuteur fiscal unique pour les entreprises vont également dans ce sens.

Je n’oublie pas naturellement le projet d’un service minimum dans les transports publics auquel vous être très attaché (vous m’avez écrit sur ce thème l’an dernier)(1). Il ne me semble pas qu’il ait été abandonné. En tout état de cause, de nombreux députés UMP, dont je fais partie, veilleront à ce qu’il soit représenté à l’Assemblée Nationale.

En conclusion, je pense qu’il est encore trop tôt pour juger de la qualité du travail effectué par ce gouvernement. Cela devra être fait au terme de la législature.

En espérant que ces éléments de réponse vous feront réfléchir, je vous prie de croire, cher Monsieur, en l’expression de mes sentiments dévoués.

Bien à vous

Edouard Courtial"


(1) : allusion à la campagne lancée l’année dernière par l’association « Les contribuables associés » pour demander l’instauration d’un service minimum en cas de grève dans les transports publics, campagne à laquelle j’ai participé. (Note de Sylvain)

Réponse à la réponse :

Je remercie Edouard Courtial d’avoir pris la peine de me répondre même si je suppose que l’UMP a des argumentaires tout prêts pour répondre aux courriers des électeurs mécontents.
Je voudrais à mon tour donner quelques éléments de réponse à la réponse car ce courrier d’un député de la majorité actuelle me paraît significatif et révélateur de l’impasse dans laquelle se sont engouffrés les conservateurs français.
La rhétorique de ce message est intéressante. M. Courtial commence par reconnaître que les électeurs « de droite » (comme il dit) ont des raisons d’être mécontents et que lui-même, n’est-ce pas... Il nous explique ensuite pourquoi les choses sont ainsi pour conclure que ces mêmes électeurs ont tort de ne pas faire confiance à ce gouvernement ! Comprenne qui pourra...

Revenons sur les « raisons » qui font que le gouvernement ne peut pas réformer aussi vite ni aussi fort qu’il le voudrait.

1 : Le déficit public : j’avoue avoir eu du mal à saisir cet argument, et puis j’ai compris. Pour nos députés, une réforme coûte forcément de l’argent et si les caisses sont vides, on ne peut plus rien faire ! Réformer consiste donc à distribuer des fonds publics à un groupe bien organisé et suffisamment violent pour imposer une « redistribution » à son profit. Que l’état catastrophique des finances publiques impose des réformes afin de baisser les dépenses de l’Etat n’est pas pensable.

2 : La faible croissance : nous sommes là dans ce qui est un grand mystère pour nos élus. Parfois il y a de la croissance, parfois il n’y en a pas et dans ce cas, c’est la faute à pas-d’chance. Que voulez faire contre ça ? Que la liberté, et d’abord la liberté d’entreprendre soit le grand moteur du développement économique n’est pas venu aux oreilles de nos élus chiraquiens.
P.S. : si le passage aux 35 heures est une « mesure aberrante pour l’économie », et c’est Edouard Courtial, député UMP de l’Oise qui le dit, qu’attend donc ce gouvernement pour supprimer purement et simplement cette loi ? En fait, pour la droite, toute réforme de gauche, autrement dit tout nouveau pas collectiviste dans l’organisation de la société devient un « acquis social » quand la droite revient au pouvoir et en tant que tel, il n’est pas question d’y toucher. A moins bien sûr que certains lobbies proches du pouvoir obtiennent des aménagements qui leur soient favorables. Morale, vous avez dit morale ?

3 : Les médias : le rôle des médias devrait donc être de relayer et d’expliquer l’action du gouvernement ? L’Etat contrôle pourtant une bonne partie du secteur audiovisuel français. Quel est donc le problème ? Nous savons bien que l’immense majorité des journalistes sont « de gauche » et que pour eux, de toute façon, le gouvernement Raffarin aura toujours tort. Si le gouvernement passait plus de temps à réformer et moins de temps à tenter de convaincre des gens qui lui seront toujours hostiles, la population verrait la différence. Une proposition : privatiser l’ensemble du secteur public de l’audiovisuel, déréglementer l’ensemble du secteur et laisser le marché (c’est-à-dire les clients, autrement dit la population...) jouer son rôle. On verra alors si la gauche conserve son leadership actuel sur les esprits. (On pourrait d’ailleurs faire la même chose dans d’autres domaines, dans l’éducation ou dans les transports notamment.)

4 : La notion d’« acquis social » : il est vrai que ce « concept » est très présent en France. Il est bien pratique pour masquer ce qui relève du vol et de la défense inconditionnelle des privilèges que certaines catégories sociales font supporter à la collectivité. Ces groupes particulièrement bien organisés sont prêts à se battre (au propre et au figuré, voir la mentalité quasiment terroriste des intermittents ou des agriculteurs par exemple) pour conserver ces avantages indus. On pourrait espérer des députés de droite qu’au minimum, ils ne partagent pas cette « notion d’acquis social » mais il ne faut pas oublier qu’ils ont leurs propres clientèles électorales à satisfaire...

En conclusion, je me souviens que dans les années 80, quand François Mitterrand était président de la république, les électeurs de gauche étaient souvent mécontents et pris à rebrousse-poil par les gouvernements socialistes de l’époque. Et les réponses qui étaient faîtes ressemblaient beaucoup à ce que nous dit Edouard Courtial aujourd’hui. On expliquait que la droite avait laissé la France dans un état lamentable, qu’il fallait d’abord redresser la situation avant de poursuivre les réformes socialistes que le pays attendait, que les médias sans doute vendus à la droite n’expliquaient pas assez les réformes, etc.

Rien de nouveau sous le soleil (noir) des Hommes de l’Etat.

Sylvain

Liens :

- « Un bilan économique : un an après la réélection de Chirac » par Pascal Salin.

- « Pourquoi je ne suis pas un conservateur » par Friedrich Hayek.

P.S. : En relisant la lettre envoyée par M. Courtial, je m’aperçois de quelque chose d’autre qui est assez frappant : l’incertitude.
Relisons :
« Celle (la réforme) de l’Assurance maladie devrait suivre prochainement. »
« ...Nicolas Sarkozy, qui semble... »
« Il ne me semble pas qu’il ait été abandonné... »
Edouard Courtial, député de la majorité ne sait pas quels sont les projets du gouvernement qu’il aura à examiner dans les mois et les années qui viennent. Mais les ministres en savent-ils beaucoup plus que lui ?

25.4.04
 
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1ère partie :


Ecrivez à votre député UMP !

Mal-pensant a écrit à son député et a publié sa lettre sur le forum liberaux.org. Son texte est excellent et exprime bien ce que nous sommes certainement nombreux à ressentir après les résultats des dernières élections régionales en France. Je l'ai très légèrement modifié et je l'ai envoyé à mon tour à mon député.
Voici ma lettre :

Nogent sur Oise, le 25 avril 2004
A Monsieur Edouard Courtial, député


Monsieur le député,


Suite à la déroute de l’UMP aux élections régionales, je vous écris pour vous faire part de mon inquiétude, et de ma colère.
Inquiétude quant à la façon dont l’UMP qui dispose de tous les pouvoirs, conduit les affaires de la nation. En effet, il apparaît après 2 ans d’exercice du pouvoir, que les réformes indispensables n’ont été que très partiellement ou pas effectuées. Par ailleurs, l’économie nationale est atone, alors que bien des pays autour de nous, accumulent les bonnes performances parce qu’ils ont eu le courage de réformer.
Colère quant aux reculades qui ont commencé (chercheurs), et à celles à venir (intermittents, décentralisation, etc…). Je ne doute pas un seul instant qu’il y en aura d’autres, alors que l’état du pays demande des réformes urgentes. Autre exemple, qu’est devenu le projet d’instaurer un « service minimum » dans les transports publics ?

Dans ces conditions, je vous informe que je ne voterai plus pour l’UMP à l’avenir. En effet, je ne vous ai pas mandaté pour soutenir une politique social-démocrate, alors que la gravité de la situation exige de toute urgence une inflexion libérale de la politique gouvernementale.
La seule chose qui pourra me faire revenir sur cette décision, c’est un changement total de politique dans un sens plus libéral, et l’action d’un gouvernement courageux et ferme, qui n’hésiterait pas à défendre ses idées jusqu’au bout, sans céder aux porteurs de pancartes et autres lobbies.

Pour finir, je pense, Monsieur le député, que la politique de la majorité depuis deux ans, la conduit inexorablement à perdre les élections de 2007. Il est plus que temps que le député de base que vous êtes, fasse avec ses collègues les plus lucides et courageux, remonter le mécontentement des électeurs au sommet de l’UMP. J’attends de vous que vous soyez au service de la nation et non d’hommes en place depuis plusieurs décennies qui sont aujourd’hui largement discrédités.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le député, l’expression de ma haute considération.

Sylvain (...)

20.4.04
 
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Actualité : « Urgesat ! » a un an !

C’est donc le 20 avril 2003 que ce blog est né.
Au départ, il ne s’agissait que de brefs comptes-rendus de lecture publiés initialement sur le forum liberaux.org. Le problème est qu’au bout d’un certain temps, les fils de discussion disparaissent car la capacité d’un forum est forcément limitée. Les plus anciens et les moins actifs des fils sont donc effacés. J’ai voulu sauver cette contribution au débat d’idées et à la défense des idées libérales.

L’exemple m’a été donné par mes amis Zek, Constantin et Mélodius qui ont d’abord créé leurs propres blogs consacrés à l’actualité et à la réflexion. Nous n’étions certes pas les premiers et les blogs libéraux et libertariens foisonnent désormais sur le net. Ils montrent la vitalité de cette philosophie politique même ici dans le monde francophone.

Quelques jours après le 20 avril, j’ai créé « Urgesat ! Science Fiction » et « Urgesat ! Education ». Je trouve très positive cette organisation en blogs thématiques même si une certaine dispersion rend les mises à jour un peu espacées. Mais comme mon but n’est pas de coller à l’actualité - d’autres font ça bien mieux que je pourrais le faire - cela ne me semble pas gênant. Je dirais même qu’au contraire, ce que j’aime le plus, c’est de parler d’un livre ou d’un auteur dont l’oubli actuel me semble injuste.

Je profite donc de cette occasion pour remercier Fabrice sans qui rien n’aurait été possible, Mélodius et Constantin qui m’ont beaucoup appris et Zek dont je regrette l’éloignement idéologique.

Sylvain

5.4.04
 
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Actualité : contre la LEN :

Du 29 mars au 4 avril, Urgesat ! a protesté contre le projet de loi sur l'économie numérique (LEN) et a participé à la grève des sites organisée par la ligue Odebi à l'occasion de la "fête de l'Internet". Urgesat !, Urgesat ! Education et Urgesat ! Science Fiction ont également participé à l'opération "Google Bombing" contre cette même "fête de l'Internet".

(Je sais bien que ce mouvement est quelque peu naïf(?). Expliquer que les députés et les sénateurs ne sont pas des "familiers d'Internet" et qu'ils ne comprennent pas bien les enjeux de cette loi ne me semble pas sérieux. Comme si nos chers (si chers...) élus et ministres avaient besoin des pressions de l'industrie du disque pour imaginer et voter une loi liberticide !
Mais enfin, si un projet de loi visant à contrôler encore un peu plus nos vies est abandonné, ce sera toujours un petit pas dans la bonne direction...
Sylvain)

20.1.04
 
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Actualité : marche pour le capitalisme.



Sous l'égide l'Institut Prodos, une Marche pour Célébrer le Capitalisme a eu lieu à Bruxelles le Dimanche 7 décembre 2003.
Pour en savoir plus cliquez ICI ou .

11.11.03
 
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Johan Norberg : « Plaidoyer pour la mondialisation
capitaliste »

Edition québécoise (utilisée ici) : Institut économique de Montréal (IEDM) / Editions Saint-Martin (2003).
Edition française "de France" : éditions Plon (2004).
Edition originale suédoise : « Till världkapitalismens försvar » (2001).
Titre anglais : « In Defence of Global Capitalism ».
Traduit de l'anglais par Martin Masse.

En France, il est de règle d’affirmer que les choses vont de plus en plus mal. Les pauvres sont supposés être de plus en plus pauvres, les riches de plus en plus riches pendant que le tiers-monde meurt de faim et que l’environnement est irrémédiablement saccagé pour le plus grand profit des multinationales nord-américaines.

Très important également en France, l’ignorance revendiquée en matière d’économie. On peut trouver très facilement (1) des textes de gens ne connaissant rien à l’économie (et étant très fiers de cette ignorance !) qui nous proposent des remèdes censés pallier l’injustice du monde. Le fait que ces ignorants soient très souvent des fonctionnaires et que leurs idées mènent toujours à un accroissement du rôle et du pouvoir de l’Etat n’est bien sûr que pure coïncidence...

Il est difficile pour un Français aujourd’hui de se rendre compte à quel point nous baignons dans la désinformation et dans la propagande idéologique gauchiste alors que même l’UMP se réclame de l’anti-mondialisation (2) tandis que le « Forum social européen » est piloté par les trotskistes de la LCR (3).

Une fois de plus, c’est d’ailleurs que viendront la liberté de penser autrement et la confrontation des idées totalitaires antimondialistes avec le monde réel.

Johan Norberg est suédois. Venu de l’anarchisme, il est historien des idées et défend depuis plusieurs années les bienfaits du libre-échange et de la liberté économique.

Son livre « Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste » est une brillante synthèse de tous les faits et de tous les chiffres que l’on peut opposer à nos nouveaux obscurantistes.

Le monde va mal ? Pas du tout, les choses ont plutôt nettement tendance à s’améliorer. Prenons l’espérance de vie par exemple. Entre 1960 et 1998, elle est passé de 46 à 65 ans dans les pays en développement. Dans ces mêmes pays, la proportion de nouveaux-nés mourant dans leur première année est passée de 18 à 6 % entre 1950 et 1995.
L’espérance de vie est directement liée à l’alimentation : la proportion de personnes sous-alimentées est passée de 37 à 18 % entre 1970 et 1996 dans le tiers-monde. Selon l’ONU, 960 millions d’habitants des pays en développement étaient sous-alimentés en 1970; ils étaient 830 millions en 1991 et 790 millions en 1996.
Si l’on regarde les choses sous l’angle de la pauvreté, les chiffres sont tout aussi impressionnants. En 1820, environ 85 % de la population mondiale vivait avec moins que l’équivalent d’un dollar par jour. Cette proportion était descendue à 50 % en 1950 et à 31 % en 1980. De nos jours, on l’évalue à 20 %.

Il ne s’agit pas de dire bien entendu que tout va bien et que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles. Il existe des problèmes graves dans certains pays. Le sida continue à ravager l’Afrique, des gouvernements dictatoriaux et corrompus sont toujours ici ou là au pouvoir mais on peut dire aujourd’hui que les solutions au sous-développement sont connues.

Johan Norberg consacre une grande partie de son livre à expliquer, chiffres à l’appui comment on peut lutter efficacement contre la pauvreté et c’est là que l’économie intervient. Il faut démythifier certains mots et certains concepts que la gauche a transformés en croque-mitaines. Et d’abord le marché. A partir du moment où deux personnes échangent librement le fruit de leur travail, il y a apparition d’un marché. Le marché est donc inhérent à l’être humain. L’expérience communiste prouve que lorsqu’on veut supprimer le marché, ce sont les êtres humains eux-mêmes que l’on finit par supprimer.
Et puis l’économie. L’économie est l’étude des échanges entre les êtres humains, c’est donc l’étude de la vie humaine même. Disposer librement de ses biens, signer librement des contrats, proposer des biens que les gens seront libres d’acheter ou pas, c’est ça l’économie libre, c’est ça le capitalisme.

Dans l’histoire du vingtième siècle, plusieurs pays se sont trouvés coupés en deux avec de chaque côté un système politico-économique différent. Il s’agit de l’Allemagne et de la Corée. Au temps du communisme triomphant, l’Allemagne de l’Est passait pour être quasiment aussi développée que l’Allemagne de l’Ouest. Il a fallu l’effondrement de l’Union soviétique et la réunification pour réaliser que la prospérité de l’est n’était qu’un mirage et un mythe propagé par les communistes et leurs complices.
Le cas de la Corée est encore plus tragique. Parti de très bas (la Corée dans les années soixante est comparable à l’Angola d’aujourd’hui), le sud capitaliste a atteint aujourd’hui le niveau des pays développés européens alors que le nord communiste est en proie à une famine qui a peut-être fait deux millions de morts en quelques années.
S’il y a une leçon à tirer du vingtième siècle, c’est bien que l‘économie dirigée ne fonctionne bien que pour les privilégiés du régime et leur clientèle.

Il existe une corrélation forte entre le degré de liberté économique d’un pays et son niveau de développement. La liberté économique permet la croissance, l’augmentation du niveau de vie et augmente l’espérance de vie. Je ne peux citer tous les chiffres mais ils sont dans le livre et tous les lecteurs de bonne foi seront convaincus.



Et puis, il y a le problème des plus pauvres. C’est en leur nom que les antimondialistes prétendent faire la révolution. La question de leur sort réel dans un pays dont l’économie est ouverte est donc cruciale. Les chiffres sont sans appel : il n’existe pas de pays ayant réduit la pauvreté sans croissance économique. Inversement, dans tous les pays ayant connu une croissance économique soutenue, les pauvres ont vu leur situation s’améliorer. Ce sont les pays fermés et protectionnistes qui connaissent le plus grand nombre de pauvres.
Un autre facteur essentiel est la protection du droit de propriété. Dans beaucoup de pays en développement, l’Etat et ses administrations ne reconnaissent pas ce que les pauvres possèdent et ont souvent construit de leurs mains (4). Il en résulte des freins souvent insurmontables au travail et au développement.

Johan Norberg ne craint pas d’aborder des questions délicates comme le travail des enfants. Contrairement aux images colportées encore aujourd’hui par les manuels scolaires, les enfants n’ont pas commencé à travailler au dix-neuvième siècle pour enrichir les propriétaires de mines de charbon. En fait, dans l’histoire de l’humanité, les enfants ont toujours travaillé. Ce n’est que quand un certain niveau de prospérité est atteint que les enfants cessent de travailler car les familles n’ont plus besoin de leur travail pour survivre et peuvent alors commencer à leur donner une éducation. Ce processus est toujours vrai de nos jours. Dans les sociétés développées, les enfants ne travaillent pas, dans les sociétés pauvres, les enfants travaillent. Comme la prospérité est fonction du degré de capitalisme, plus une société est capitaliste, moins les enfants travaillent.
Un phénomène un peu similaire se produit avec le taux de pollution. Plusieurs études montrent que dans un premier temps, le développement économique augmente la pollution. Dans un deuxième temps, à un certain niveau de prospérité économique, les questions d’environnement prennent de l’importance et la pollution commence à diminuer.

Est-ce à dire que le libre-échange et la liberté vont triompher partout dans le monde ? Non, bien sûr, le futur n’est pas écrit, il est à construire. Le dix-neuvième siècle a connu une période de libre-échange en Europe jusqu’en 1890 environ et le développement économique a été spectaculaire. Puis les intérêts protectionnistes ont commencé à prendre le dessus et les pays développés se sont peu à peu repliés sur eux-mêmes. Quand les biens ne traversent pas librement les frontières, ce sont les soldats qui le font à leur place et il aura fallu deux guerres mondiales pour que des efforts conscients en faveur de la libéralisation des échanges puissent aboutir à travers la CEE, l’AELE, les accords du GATT et l’OMC (5). Il est dommage que l’Union européenne actuelle soit plus préoccupée par la protection et le subventionnement de ses agriculteurs que par la prospérité de ses habitants (40 % du budget total de l’Union européenne est distribué à moins de 1 % de la population)... En outre l’accès au marché des pays développés est toujours une bonne nouvelle pour les habitants des pays en développement.

La monté actuelle des idées protectionnistes est inquiétante et les militants antimondialistes sont en train de recycler sous nos yeux toutes les idées héritées du marxisme en faveur de l’économie dirigée et de la mainmise de l’Etat sur nos goûts, nos valeurs et notre mode de vie. Une conclusion ? Nous aurons le développement économique et la prospérité que nous mériterons...

Sylvain

Notes :

(1) : Un exemple québécois ici (Merci à Claire pour cette « découverte »...)
(2) : « Donnant l'exemple, le président de l'UMP a assuré que le terme d'"altermondialiste" ne l'effrayait pas "si s'affirmer altermondialiste, c'est vouloir changer le cours des choses et inventer une autre mondialisation".
"Personne ne peut se satisfaire du mouvement du monde tel qu'il va", a ajouté M. Juppé. Très sévère pour un monde qui va "cul par dessus-tête", le président de l'UMP a stigmatisé pêle-mêle "l'accélération des délocalisations" ou "les inégalités de développement entre Nord et Sud qui continuent de nourrir la misère, terreau de tous les extrémismes". »

Extrait d’une dépêche Yahoo (Merci à Julien.)
(3) : « Qui dirige ? La Ligue communiste révolutionnaire (L.C.R.) à travers une assemblée européenne de préparation (A.E.P.), un comité d´initiative français (C.I.F.) et un secrétariat à l´organisation (S.O.) se réunissant chaque semaine. La direction de ces réunions est assurée par Annick Coupé, responsable de la L.C.R., dirigeante de l´Union Syndicale G10 solidaire. Quant au comité de programme, il est animé par Sophie Zafari de la F.S.U., elle aussi membre de L.C.R., dont elle a été candidate aux élections législatives à Montreuil en 1997. »
Extrait du cite "Polémia".
(4) Pour en savoir plus, voir un extrait du livre de Hernando de Soto « The Mystery of Capital » ici.
(5) : Voir « Libre-échange et protectionnisme » de Pascal Salin (PUF, col. « Que-sais-je ? » n°1032, 1991).

Autres liens :

- Le blog de Johan Norberg (merci à Mélodius) où l’on apprend notamment que le roman « Révolte sur la Lune » de Robert Heinlein fait partie de ses dix romans préférés.
- "6 mythes de la mondialisation" : le texte de la conférence qu'a donné Johan Norberg le 15 novembre 2003 à Paris (merci à RonnieHayek).
- Le site de l'IEDM.

28.10.03
 
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Christophe Nick : « Les Trotskistes »
Editions Fayard, 2002

A un moment où ceux qui se réclament de l’action et de la pensée de Léon Trotski font beaucoup parler d’eux, du moins en France, il n’est pas inutile de faire le point sur ce qu’a été et ce qu’est réellement cette étrange famille politique que constituent ses disciples. Christophe Nick n’est pas libéral mais son livre « Les Trotskistes » est le résultat d’une enquête approfondie sur ceux qui sont peut-être les derniers sectateurs avoués d’une idéologie politique totalitaire.

Encore aujourd’hui, les trotskistes demeurent largement méconnus. Ils sont souvent perçus comme étant des communistes « gentils » puisqu’ils se sont opposés à Staline, le grand méchant qui a instauré le « culte de la personnalité ». Ils inquiètent un peu parfois quand on leur prête une sorte d’influence occulte un peu similaire au rôle supposé des francs-maçons.

Christophe Nick reprend le dossier au commencement. Il a rencontré de nombreux acteurs de cette histoire et dans son récit il alterne les chapitres historiques visant à expliquer comment s’est constitué le trotskisme (il remonte ainsi jusqu’en 1902, date du premier séjour de Trotski à Paris) et les chapitres consacrés aux péripéties du trotskisme et de ses différentes variantes en France. Deux axes majeurs donc à ce travail : la vie de Trotski et la dimension internationale du trotskisme d’une part ; le développement et les luttes fratricides des différents groupes français de cette mouvance d’autre part.

A ceux qui croient que Trotski était le gentil et que Staline était le méchant, rappelons quelques hauts faits d’arme et quelques idées défendues par Trotski :

- 1917 : après le coup d’Etat bolchevique d’octobre, les premières élections libres en Russie (et seules élections libres jusqu’aux années 80) donnent une majorité aux mencheviks et aux socialistes-révolutionnaires. Les bolcheviks dont les dirigeants sont alors Lénine et Trotski n’obtiennent que 25% des voix. Ils répliquent par la dissolution de l’Assemblée constituante et par la suppression de la liberté de la presse. Trotski écrit :
« La majorité « conciliatrice » de l’Assemblée constituante n’était que le reflet politique de la sottise et de l’irrésolution des couches intermédiaires des villes et des campagnes, et des éléments les plus arriérés du prolétariat. »
C’est vrai que c’est compliqué de choisir quand il y a des candidats de plusieurs partis politiques ! Les bolcheviks allaient bientôt simplifier tout cela...
- 1921 : la militarisation du travail : comme l’Etat soviétique est désormais prolétarien, il est légitime pour Trotski que le travail devienne contraint et obligatoire tout comme les syndicats doivent désormais défendre l’Etat face aux travailleurs et non l’inverse. Selon la même logique, certains jours de travail « volontaires », les samedis et dimanches dits « communistes » ne seront d’ailleurs pas payés aux ouvriers...
- 1921 toujours : Kronstadt. Face à la ville révoltée où les soldats ont fraternisé avec les ouvriers, Trotski décrète l’état de siège et envoie un ultimatum aux révoltés. La répression communiste fera des milliers de victimes. A cette occasion, Trotski inventera des méthodes
qui seront utilisées par les communistes de tous les pays :
- un réflexe de citadelle assiégée qui permet de dramatiser toute contestation ;
- l’invention d’un complot qui justifie la répression ;
- des mesures économiques d’urgence permettant de « lâcher du lest » face aux revendications sociales du moment ;
- l’utilisation systématique du mensonge et de la langue de bois transformant les victimes du communisme en coupables.

La morale de Trotski est que ce qui est bon pour le pouvoir communiste est bon en soi quelles qu’en soient les conséquences humaines et économiques... Staline conservera cette « morale » en s’identifiant lui-même au pouvoir communiste.

L’autre axe du livre de Christophe Nick est le récit détaillé des péripéties du trotskisme français et de ses différentes chapelles. Il est parfois compliqué de suivre les différents épisodes de ces guéguerres permanentes mais l’auteur s’en sort bien, ses contacts dans le milieu ayant fait merveille. On comprend ainsi les différences entre la LCR (« Ligue Communiste Révolutionnaire »), le PT (« Parti des Travailleurs ») et LO (« Lutte ouvrière »), pourquoi les uns se sont réjouis de la chute du mur de Berlin et pas les autres, etc.
Il nous donne également de nombreux détails sur l’entrisme que certains groupes trotskistes ont exercé dans les partis de la gauche classique (remember Lionel Jospin) ou dans certains syndicats.

Ne pas oublier non plus (mais comment pourrions-nous l’oublier ? ) le nombre important de journalistes ex(?)-trotskistes dans certains organes de presse comme « Le Monde ».

Le récit nous mène jusqu’au début de 2002, à la veille des dernières élections présidentielles françaises. L’auteur pensait alors qu’Arlette Laguiller ferait un bon score et n’était pas sûr qu’Olivier Besancenot pourrait même se présenter... Il ne pouvait pas prévoir la campagne de presse hostile à « Lutte ouvrière » qui a eu lieu dans les derniers mois de la campagne électorale où l’image de ce mouvement a été sérieusement malmenée pour le plus grand profit du candidat vert (Noël Mamère) et du candidat de la LCR (Besancenot).

Pour mieux connaître nos ennemis ? Lisez « Les Trotskistes » de Christophe Nick !

Sylvain

Autre référence :
« Fusillez ces chiens enragés!.. »
sous-titre : « Le génocide des trotskistes » par René Dazy (éditions Olivier Orban, 1981).
Ce livre a beaucoup fait pour donner une certaine image positive des trotskistes et révèle une partie de la mentalité trotskiste car l’auteur, lui-même engagé dans cette mouvance passe bien sûr sous silence les crimes de Trotski (comme le massacre de Kronstadt) et ne peut s’empêcher de conclure que le stalinisme (comme ils disent) avait quand même ses mérites...

15.10.03
 
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Florin Aftalion : « La trahison des Rosenberg »
Editions Jean-Claude Lattès (2003)

Florin Aftalion est économiste et professeur de finances à l’ESSEC. Il a publié de nombreux livres dont « L’économie de la Révolution française » qui fait autorité. Il a également co-fondé et dirigé la prestigieuse collection « Libre échange » aux Presses universitaires de France. Son dernier livre publié n’a rien à voir avec l’économie puisqu’il est consacré à « l’affaire » Rosenberg qui a donné lieu à un véritable psychodrame au début des années 50.

En 1950, deux citoyens américains juifs sont accusés par le FBI d’espionnage au profit de l’URSS. Julius et Ethel Rosenberg puisque c’est d’eux qu’il s’agit, auraient transmis aux Soviétiques des informations concernant les recherches sur la bombe atomique qui étaient alors menées à Los Alamos au Nouveau-Mexique. Protestant de leur innocence, les époux Rosenberg seront jugés en 1951, condamnés à mort et finalement exécutés en 1953.

L’histoire pourrait être presque banale si cette affaire n’avait été utilisée par les communistes et leurs alliés pour une de ces campagnes de désinformation dont ils avaient alors le secret. Tout au long des années 1952 et 1953, une campagne mondiale va être menée pour exiger la grâce des condamnés et pour fustiger les Etats-Unis. On prétendra que les Rosenberg sont innocents, que cette affaire révèle l’antisémitisme latent des Américains (alors que le juge qui les a condamnés est lui-même juif), que les Etats-Unis sont devenus fascistes, bref, tout sera bon pour salir l’image de ce pays. En France, un grand rassemblement organisé au Vélodrome d’Hiver à Paris sera le point d’orgue de cette campagne.

Le livre de Florin Aftalion a le mérite de rappeler tout cela à la lumière des nouveaux documents de l’époque aujourd’hui disponibles tels les archives du FBI rendues publiques en 1975 et les archives du KGB que des historiens ont pu consulter de 1993 à 1996. D’autres documents sont utilisés comme les archives de la NSA et les livres de mémoires rédigés par plusieurs anciens espions soviétiques.

Il apparaît que les Rosenberg étaient bien des espions, qu’ils étaient bien membres du Parti communiste américain (le « CPUSA ») et que les informations qu’ils ont transmises à leurs maîtres soviétiques ont été appréciées et utilisées.

Plusieurs éléments très intéressants de la mentalité communiste sont bien mis en évidence dans cette affaire. Et d’abord l’incroyable entêtement des Rosenberg. S’ils avaient parlé, ils auraient très probablement sauvé leur vie. Dans le cas d’Ethel, quand même moins impliquée, le fait est certain. Il ne faut pas oublier qu’ils avaient deux enfants qu’ils ont ainsi d’une certaine façon en choisissant la mort, abandonnés...
Ce n’est que plusieurs mois après leur arrestation et rassurés sur leur volonté de garder le silence à tout prix que les communistes américains et les soviétiques prendront la tête de l'incroyable campagne anti-américaine dont je parlais plus haut.

Intéressant aussi, le comportement des autorités américaines après la Seconde Guerre Mondiale. Les services de renseignement américains ont été très efficaces dans la lutte contre les Allemands et contre les Japonais. En revanche, les Etats-Unis ont été une véritable passoire pour les espions communistes. Ce n’est que peu à peu dans les années d’après-guerre que les Américains vont réaliser l’ampleur de la pénétration communiste sur leur territoire.
La lutte contre l’espionnage soviétique sera malgré tout entravée par les sympathies que beaucoup d’Américains éprouvent pour l’URSS de Staline et par la volonté des administrations démocrates de ne pas reconnaître qu’elles ont pendant des années péché par naïveté...

Florin Aftalion a écrit là un livre très intéressant et utile en ces temps où la réhabilitation de l’URSS est à la mode et où la « Guerre froide » est couramment vue comme l’expression d'une prétendue hystérie anticommuniste des Américains.

Sylvain

P.S. : quand les éditeurs français se décideront-ils à mettre systématiquement un index à la fin des livres qu'ils publient ?

Liens :

Présentation de ce livre dans le magazine « Historia » par Eduardo Mackenzie.
Les excellentes « Chroniques américaines » de Florin Aftalion.

Autres références :

1 : « Les Rosenberg devaient-ils mourir ? » par Schofield Coryell in « Le Monde diplomatique » de mai 1996. Article extraordinaire et représentatif de ce que peuvent dire encore de nos jours des gens qui se sont trompés pendant cinquante ans, qui se sont fait manipulés, qui ont aimé ça et qui sont incapables de le reconnaitre aujourd’hui.
2 : « Les Rosenberg étaient coupables » par Rémi Kauffer in Historia Spécial n°44 : « Révélations des archives soviétiques » (Novembre/Décembre 1996) ;
3 : "Culpabilité des Rosenberg : la fin du doute", une présentation du livre de Florin Aftalion par Eduardo Mackenzie, in Historia n°682 (Octobre 2003).

12.7.03
 
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Yves Montenay : "Le mythe du fossé nord-sud"
Sous-titre : Comment on cultive le sous-développement.
Editions Les Belles Lettres (2003).

Face au flot continu de textes nous expliquant combien la mondialisation libérale est diabolique et combien les Occidentaux sont méchants, il paraît de temps en temps un livre nageant à contre-courant (si j’ose dire). C’est le cas ici de cet essai sur les causes du maintien dans la pauvreté et le sous-développement d’une grande partie de l’humanité.

Pas de scoop dans cet ouvrage car les causes de la misère sont connues.
En tout premier, l’idéologie socialiste des élites formées en Occident de nombreux pays lors des indépendances. De nombreux pays du Tiers-Monde paient encore aujourd’hui les méfaits de la collectivisation de l’agriculture par exemple (Ethiopie, Algérie, etc.).
En deuxième, l’éducation, quand elle existe, trop souvent traditionnelle voire traditionaliste alors que le développement ne peut se faire sans ouverture au monde extérieur.
En troisième, la « mauvaise gouvernance » c’est-à-dire les comportements prédateurs des hommes de l’Etat : prévarication, corruption, incompétence, détournements de fonds qui sont courants dans les pays les plus pauvres.
Enfin, il ne faut pas sous-estimer le poids de la guerre et donc l’importance démesurée des dépenses d’armement qui saignent à blanc certains pays.

Yves Montenay s’attaque bien sûr (c’est la première partie de son livre) aux mythes tiers-mondistes qui font la fortune des gauchistes et des anti-mondialistes de chez nous. Non, le capitalisme n’apporte pas la misère, au contraire. Non, le commerce dit « équitable » n’est pas la solution, il ne ferait qu’encourager la stagnation des techniques et l’arrêt de l’innovation et nourrir une bureaucratie déjà pléthorique.
A noter un excellent chapitre quatre sur le problème du supposé surpeuplement.

Là où l’auteur me semble faible, c’est dans une certaine idéalisation de l’Occident et des Etats qui nous gouvernent. Certes, nous vivons dans l’ensemble assez bien, mais la misère et le chômage existent aussi chez nous. Le poids croissant de l’Etat, son interventionnisme constant, ses lois de plus en plus liberticides portent en eux le déclin et le blocage progressif de ce capitalisme qui nous a fait tant de bien.
Tel quel et sur le thème précis du sous-développement, ce livre est une bonne introduction à une pensée libérale qu’on aura trop vite fait d’étiqueter « de droite ». Yves Montenay sait de quoi il parle et comme tous les libéraux il est profondément sensible à la vraie vie des vrais gens. Son essai semblera donc non-conformiste à beaucoup et ouvrira donc des perspectives intéressantes.
Les libertariens quant à eux souligneront les limites conceptuelles de l’exercice et appelleront Yves Montenay à aller jusqu’au bout de son raisonnement. Mettre en cause l’Etat prévaricateur c’est bien, constater que tout Etat par définition est prévaricateur, c’est mieux.

Sylvain

31.5.03
 
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Charles Gave : « Des lions menés par des ânes »
Sous-titre : « Essai sur le crash économique (à venir mais très évitable) de l’Euroland en général et de la France en particulier ».
Edition Robert Laffont (2003).

Avertissement : ce livre parle d’économie, un domaine assez nouveau pour moi. Malgré sa grande clarté d’exposition, je ne suis pas sûr de tout bien maîtriser et toute erreur ou mauvaise interprétation dans ce compte-rendu me serait imputable.

Nous savons que la situation est grave. Chômage, pauvreté, crise culturelle et morale, climat de pré-guerre civile, les raisons d’être pessimiste sur notre avenir et celui de nos pays européens ne manquent pas.
Pourquoi et comment en sommes-nous arrivés là ? Et peut-être surtout jusqu’où cela peut-il aller ? C’est le sujet du livre de Charles Gave.

La principale qualité de ce livre est la pédagogie. Truffé de graphiques soigneusement conçus, il est d’une clarté extraordinaire. Dans un pays comme la France où l’ignorance en matière d’économie passe pour une vertu, l’auteur réussit le pari d’initier son lecteur à des réalités économiques qui même ignorées dirigent en grande partie nos vies.

Contrairement à ce que prétendent les gauchistes, tout n’est pas politique mais toute activité humaine relève de l’économie dans le sens où les échanges libres avec d’autres êtres humains nous sont vitaux.

Ce livre est divisé en deux parties.

La première « Le Constat » fait le point sur la situation actuelle. Je ne peux bien sûr pas tout citer mais quelques chiffres pour se faire une idée :
- le taux de croissance moyen de la France est passé de 2,2 % de 1982 à 1992 à 1,8 % de 1992 à 2002. Ce ralentissement se traduit par un million de chômeurs supplémentaires. Pour les mêmes périodes, la Grande-Bretagne passe de 2 à au moins 2,5 % et les Etats-Unis passent de 3 % à 3,5 %.
- En 1981, les principaux pays développés avaient tous un taux de chômage atteignant 7 % de la population active. En 2001, ce taux était de 3 % en Grande-Bretagne, 6 % aux Etats-Unis (après être descendu jusqu’à 4 % l’année précédente), 9 % en France.
- Depuis 1995, le chômage de longue durée a doublé en Allemagne et a baissé des trois quarts aux Etats-Unis.
- Entre 1982 et 2002, le nombre de chômeurs britanniques a baissé de deux millions alors que le nombre de chômeurs français a augmenté de 250 000.
- Le taux de corrélation entre la baisse du chômage et la création d’emplois est de 97 %. Ce qui veut dire que les concepts à la mode comme le « partage du travail » ne représentent que
3 % de la baisse du chômage quand baisse il y a.
- Il y a corrélation évidente entre taux de croissance et variation de l’emploi avec un décalage de 6 mois.
- Entre 1978 et aujourd’hui, le revenu français moyen a augmenté de 50 % alors qu’il a quasiment doublé en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.
- Entre 1982 et 2002, le coût de fonctionnement de l’Etat français a augmenté de 50 %.

Donc le constat est accablant : de plus en plus de richesses accaparées par l’Etat français, le maintien à un haut niveau du chômage et une baisse relative du niveau de vie.

La deuxième partie du livre s’intitule « La recherche du criminel » et Charles Gave va tenter de découvrir les causes de cette situation.
Il commence tout d’abord par nous expliquer l’importance du rôle des entrepreneurs. Prenant de grands risques pour un gain futur bien incertain, ils sont les piliers du développement et du progrès. Charles Gave explique ensuite le rôle des « entremetteurs » financiers (essentiellement les banquiers) et l’utilité des rentiers qui prêtent leur argent mais sans assumer les risques des actionnaires.
Dans une économie libre et efficace, les actionnaires doivent toucher un dividende supérieur au taux d’intérêt versé aux rentiers. Il y a une corrélation nette (avec un décalage d’un an) entre les revenus des actionnaires et le taux de chômage. Les Etats-Unis sont le parfait exemple de ce phénomène :
« Si le rentier touche plus que l’entrepreneur soit à long terme, soit à court terme, l’économie cesse de croître » (page 109).
Grâce à une action intelligente de la Banque centrale américaine, les difficultés passagères ne se transforment pas en crise grave.

L’auteur va ensuite examiner de près deux pays qui justement sont dans une situation désastreuse depuis des années.
Premier cas : le Japon. On l’oublie parfois aujourd’hui mais le Japon est la deuxième puissance économique mondiale. Aujourd’hui, après trois récessions en onze ans, le système bancaire et financier japonais est en faillite. Pour Charles Gave, la cause de cette situation est l’indépendance totale de la Banque centrale japonaise qui a maintenu à tout prix des taux d’intérêt artificiellement élevés. Le résultat est la déflation : baisse des prix, baisse du PIB, endettement généralisé, baisse des recettes fiscales et au bout du chemin la faillite de l’Etat (comme en Argentine il y a peu).

Ensuite : l’Allemagne. En 1989, quelque chose d’extraordinaire est arrivé. Malgré les efforts du président François Mitterrand qui a soutenu jusqu’au bout la dictature communiste de R.D.A., les deux Allemagnes se sont réunifiées et Helmut Kohl a converti les Marks d’Allemagne de l’Est qui ne valaient à-peu-près rien en bons Deutsche Mark de l’ouest. Mais la Bundesbank (la Banque centrale allemande) ne l’a pas entendu ainsi et a entamé une politique visant à supprimer la masse monétaire supplémentaire ainsi créée. Son arme ? Le maintien à un niveau trop élevé (en fait plus élevé que la croissance du PIB) des taux d’intérêt à court terme. Ce niveau élevé a pour conséquences principales des difficultés dans le remboursement des dettes et des rétributions des actionnaires insuffisantes. Suivront donc des faillites, des investissements en baisse et une masse monétaire qui se contracte : objectif atteint pour la Bundesbank.
L’insuffisance des investissements a elle-même ensuite des conséquences graves comme la faible progression de la productivité. Or,
« sans hausse de la productivité, pas de hausse générale du niveau de vie » (page 138).

La situation de la France n’est pas meilleure. Pour résumer, la rentabilité du capital investit dans notre pays est insuffisante pour que le chômage puisse baisser durablement.

Mais comment expliquer ces politiques économiques ou monétaires catastrophiques ? Pour l’auteur, la cause est l’existence d’une nomenklatura de technocrates qui méprisent la démocratie, la liberté et la notion de contrat librement consenti entre deux personnes. Cette nomenklatura a jadis inventé la « raison d’Etat » au nom de laquelle bien des crimes ont été commis et n’a qu’un but aujourd’hui : la constitution d’un Etat européen placé sous son contrôle. Et il y a urgence car depuis l’effondrement du communisme en Europe centrale, un vent de liberté aurait pu souffler sur le vieux continent mais jusqu’à présent, rien n’a réussi à s’opposer à la constitution de ce nouveau monstre étatique.

Notre problème principal est cependant que rien n’est réglé. En Europe, et ce depuis 1992, la rente a constamment été supérieure à la croissance du PIB, l’indice des prix à la production est en baisse et la valeur des intermédiaires financiers s’effondre. La déflation est pour bientôt et la nomenklatura européenne échouera dans son projet technocratique comme a échoué avant elle la nomenklatura soviétique.

Ce livre est donc un cri d’alarme. Charles Gave cite Frédéric Bastiat et Fridriech Hayek, c’est dire dans quelle famille de pensée il se situe. Il a de l’humour, un humour souvent grinçant.
Je recopie les dernières lignes de son ouvrage :
« Attachez vos ceintures, la météo annonce de considérables trous d’air, le pilote de l’avion est fou et pense qu’il est aux commandes d’une locomotive. »

Sylvain

Liens :

Un article de Bogdan Calinescu qui présente aussi ce livre.

"Le pays confronté aux pesanteurs du communisme rampant", un article récent de Charles Gave.

"Attachez vos ceintures" par Alain Madelin, présentation de ce livre parue dans Le Figaro du 4 juillet 2003.


30.4.03
 
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Pascal Salin : « Libéralisme »
Edition Odile Jacob (2000)

Un livre important que ce « Libéralisme » de Pascal Salin, c’est lui qui m’a converti au libéralisme et je ne suis pas le seul !
Il y a si peu d’auteurs français libéraux de nos jours que ce livre paru chez un éditeur renommé a fait l’effet d’une bombe. Il y avait bien eu bien sûr les essais d’Henri Lepage en Poche Biblio dans les années 70 et 80 ainsi que quelques titres édités aux « Belles Lettres » un peu plus tard mais bon, les auteurs libéraux français doivent avoir l’impression de prêcher dans le désert (ce n’est d’ailleurs peut-être pas seulement une impression...).

Pascal Salin est professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine. Il a déjà publié une demi-douzaine de livres sur différents problèmes économiques comme la monnaie ou le libre-échange vs le protectionnisme. Il intervient régulièrement dans la presse (notamment dans « Le Figaro ») et a appelé à voter Alain Madelin aux élections présidentielles françaises de 2002.

Mais revenons maintenant à ce fort volume de 500 pages.
Organisé en cinq parties, tous les aspects du libéralisme sont examinés dans un ordre à la fois logique et didactique.

Pascal Salin commence par rappeler le niveau d’exigence qui est le sien : le libéralisme est le seul véritable humanisme et il s’emploie à le prouver. Contrairement à ce que l’on croit souvent, le libéralisme n’est pas qu’économique, il est d’abord une éthique et une morale de la liberté individuelle et de la responsabilité. Ses adversaires sont toutes les idéologies collectivistes ou « constructivistes » appelées ainsi car elles prétendent pouvoir construire un ordre rationnel volontaire organisé par une minorité « éclairée », comme si la société était une machine. Le problème du constructivisme est qu’il ne peut fonctionner qu’avec des êtres humains parfaits bien différents des « hommes réels ». De là, les appels répétés à construire un homme nouveau qu’on trouve dans le nazisme et le communisme par exemple. De là, également, la tentation de supprimer par la violence les « hommes anciens » irrécupérables...

Dans un système social-démocrate comme celui dans lequel nous vivons, ce constructivisme se traduit par la mise en place d’un Etat omniprésent qui tente de régir tous les aspects de notre vie, par la prolifération de lois et règlements de toutes sortes qui finissent par donner un Droit incompréhensible, par des décisions arbitraires prises sous la pression des groupes d’intérêts les mieux organisés et les plus puissants et par des atteintes répétées et de plus en plus graves à la propriété privée légitime et à la liberté d’expression.

Dans une deuxième partie, Pascal Salin examine les fondements du libéralisme que sont la propriété, la responsabilité et la liberté.
La propriété privée, si décriée (« La propriété, c’est le vol » disait Proudhon, le mot a fait fortune), correspond pourtant à la vraie compréhension de l’activité humaine. L’être humain est d’abord propriétaire de son corps. Il ne peut être réduit en esclavage. Ensuite, il est propriétaire des richesses qu’il a produites et personne ne peut légitimement les lui prendre. Que les voleurs s’appellent gangsters ou agents des impôts ne fait aucune différence.Enfin, l’être humain est propriétaire des biens qu’il a volontairement échangés. Car contrairement à ce que croient les socialistes, le problème n’est pas la juste répartition de la richesse créée on ne sait pas trop comment, mais le respect de l’imagination et de l’ingéniosité des hommes dans l’invention et la création de cette richesse. C’est seulement dans ces conditions que la prospérité du plus grand nombre est possible, c’est en tout cas ce que nous enseigne l’histoire de l’Occident depuis le 18 ème siècle.
Dans une véritable société libre, la question de la définition et de la précision des droits de propriété légitimes sera nécessairement une question très importante.

La responsabilité est indissociable de la liberté. Il est normal que les hommes subissent les conséquences aussi bien positives que négatives de leurs actes et qu’ils soient prêts à les assumer. C’est ce qui rend la vie en société possible.
A contrario, l’être humain assisté que nous rencontrons si souvent de nos jours n’est pas libre.

La troisième partie du livre est consacrée justement à l’organisation sociale légitime pour un libéral. Pascal Salin redéfinit ce qu’est réellement une entreprise (ce n’est pas inutile, loin de là, vu l’inculture économique généralisée dans la France d’aujourd’hui) et examine différents processus économiques comme la formation des monopoles par exemple. Il faut oublier ce que nous répètent les médias sur ces questions car il ne s’agit que de désinformation.

La quatrième partie s’intitule : « La restauration de la responsabilité ». Question cruciale : après avoir posé les bases morales et éthiques du libéralisme, il faut maintenant proposer des solutions concrètes aux problèmes de l’heure.
L’auteur examine successivement des problèmes très actuels comme :
-l’immigration (« la liberté d’immigrer, un droit fondamental »),
-la légitimité éventuelle de l’existence des « espaces publics »,
-la liberté de rouler (problème des lois criminalisant des comportements qui ne nuisent pas forcément à quelqu’un),
-le problème de savoir si la protection sociale est préférable à la protection individuelle (réflexion très importante en ces temps où le déficit de la sécurité sociale fait périodiquement la une des journaux sans qu’on arrive à discerner une solution valable),
-le problème qui devient strident de la « protection » de l’environnement. Pascal Salin raconte par exemple l’histoire extraordinaire de ce Britannique qui avait réussi à créer des fermes dans lesquelles il élevait des tortues marines pour leurs écailles. Une réglementation d’inspiration écologiste est passée par là : les tortues marines étant désormais protégées, les fermes ont dû fermer mais comme le braconnage subsiste et ne pourra jamais être totalement supprimé, les malheureuses tortues sont plus menacées que jamais...

La cinquième et dernière partie du livre examine des problèmes dont les bien-pensants nous disent qu’ils relèvent de la compétence exclusive de l’Etat (ou des Etats) : les impôts (expression parfaite de la violence étatique), les politiques macro-économiques (qui sont une véritable escroquerie intellectuelle, qui n’ont jamais eu le moindre effet positif mais qui permettent aux hommes de l’Etat de justifier et d’accroître sans cesse leur pouvoir) et la mondialisation (devenue le croque-mitaine des esprits totalitaires d’aujourd’hui).

A de nombreuses reprises dans ce livre, Pascal Salin rend des hommages appuyés aux grands intellectuels libéraux qu’ont été Frédéric Bastiat, Ayn Rand, Ludwig von Mises, Murray Rothbard et Friedrich Hayek. Il réactualise de façon brillante leur message d’espoir et d’optimisme en l’avenir de l’homme.

Ce livre est donc une synthèse originale servie par une écriture à la fois riche, claire et précise.

Sylvain

Extraits :

« On oublie par ailleurs souvent que raisonner de manière scientifique ne consiste pas à écrire des équations, mais d’abord à faire un effort conceptuel, à savoir de quoi on parle, à être capable de préciser le sens des concepts que l’on utilise et à développer rigoureusement un raisonnement. Et l’on s’aperçoit alors que bien souvent on erre dans un brouillard de mots et qu’on ne sait pas très bien d’où l’on vient et où l’on va, faute d’une discipline de pensée. »
Pascal Salin : « Libéralisme », page 13

« En réalité, la seule victoire de l’époque actuelle est celle de la social-démocratie, c’est-à-dire la combinaison de l’omnipotence d’une minorité élue et de l’économie mixte (définie non pas seulement par l’existence de nombreuses activités étatiques, mais aussi par une fiscalité forte et discriminatoire ou des réglementations tentaculaires). On est loin de la liberté individuelle. Ce qui est vrai, c’est que cette social-démocratie manque singulièrement d’appui idéologique et de souffle spirituel. Elle est une sorte d’armistice dans la guerre civile des intérêts organisés. Mais elle n’est pas, elle ne peut pas être une fin des idéologies. Son absence de relief intellectuel ne doit pas cacher qu’elle s’inspire d’une « philosophie » particulièrement contestable : elle traduit la domination du pragmatisme et du scepticisme et pour cette raison même, elle ne peut pas annoncer la fin de l’idéologie. »
Pascal Salin : « Libéralisme », page 22

« Comme nous le savons, la justification fondamentale du marché, ou plus précisément d’un système de droits de propriété privés et de choix individuels, n’est pas l’efficacité d’un tel système - pourtant indéniable - ou sa capacité à assurer le « bien commun ». Sa justification est d’ordre moral : le marché fondé sur des droits de propriété légitimes est « juste » parce qu’il est conforme à la nature humaine et qu’il permet donc l’exercice de la responsabilité individuelle. »
Pascal Salin : « Libéralisme », page 330

29.4.03
 
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David Friedman : « Vers une société sans Etat »
Ed. Les Belles Lettres (1992).
Edition originale : « The Machinery of Freedom » (1989).
Traduction : Françoise Liégeois.

« Dans l’état socialiste idéal, le pouvoir n’attirera pas les fanatiques du pouvoir. Les gens qui prennent les décisions n’auront pas la moindre tendance à favoriser leurs intérêts personnels. Il n’y aura pas moyen, pour un homme habile, de détourner les institutions pour les mettre au service de ses propres fins. Et on verra les crocodiles voler. »
David Friedman : « Vers une société sans Etat », page 165

Ah ! L’Etat, cette construction monstrueuse qui nous opprime, menace nos libertés, nous rançonne, qui prétend monopoliser l’usage de la violence pour notre propre bien et qui finira par diriger chacun des actes de notre vie si nous le laissons faire...
L’Etat qui fait tout pour penser à notre place...
Ce mythe, cette fiction qui est la principale cause des guerres du vingtième siècle...
L’Etat ? Ou plutôt les hommes de l’Etat, car l’Etat comme entité abstraite n’existe pas alors que les présidents de la république, les gouvernements, les fonctionnaires, les ministres et autres parasites de toutes sortes, existent bien, eux et ne se laissent pas facilement oublier !

La question centrale devient donc : comment se passer de l’Etat ? Comment arriver à le supprimer ? Par la Révolution ? Par une évolution progressive ? Question difficile, certes mais pour paraphraser quelqu’un qui a dit « ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il ne faut pas le faire », je dirai que ce n’est pas parce qu’il n’est pas facile d’imaginer une transition vers une société sans Etat qu’il faut s’empêcher d’y réfléchir.

David Friedman est le fils du célèbre économiste libéral Milton Friedman. Il est lui aussi économiste et nous livre dans cet ouvrage sa réflexion sur ce que serait une société où les hommes seraient vraiment libres de mener leur vie sans embêter leurs voisins. Utopique, n’est-ce pas ?

La première partie est une défense et illustration de la propriété privée et donc de la liberté d’entreprendre qui sont les seuls fondements connus de la prospérité. Attention, la propriété privée, ce n’est pas n’importe quoi. Pour résumer, c’est d’abord le droit sur sa propre personne puis le droit sur sa propre production et enfin, le droit sur ce que vous échangez volontairement avec les autres.
Sujet très important, la « question sociale » n’est pas esquivée, au contraire et l’auteur montre de façon très convaincante que tout le monde serait gagnant dans une société libre. Il existe des arguments très forts pour prouver que les crises économiques, notamment la grande crise de 1929, sont dues aux interventions intempestives et surtout incompétentes des hommes de l’Etat. Imaginez l’histoire du XXème siècle sans cette crise économique en 1929...

La deuxième partie est une illustration concrète de ce que serait le démantèlement progressif de l’Etat. Contrairement à ce que l’on croit souvent, il a existé et il existe encore de nombreux « services publics » aux Etats-Unis. David Friedman passe en revue certains d’entre eux et propose de les privatiser. Il commence par les écoles et les universités et poursuit avec les rues (si, si, c’est possible !), la Poste et le programme spatial. On imagine la diversité des situations...
Entre deux, quelques réflexions sur la véritable fonction des réglementations étatiques, la démocratie, etc.

« Imaginez cent personnes assises en cercle, chacune ayant sa poche pleine de pièces de un cent. Un politicien marche à l’extérieur du cercle, prenant un cent à chacun. Personne n’y prête attention : qui se soucie d’un cent ? Lorsqu’il a fini le tour du cercle, le politicien jette 50 cents devant une personne, qui est ravie de cette aubaine inattendue. On recommence le processus, en terminant avec une personne différente. Au bout de cent tours, chacun se retrouve plus pauvre de 100 cents ; plus riche de 50 cents, et heureux. »
David Friedman : « Vers une société sans Etat », page 164

La troisième partie est la description d’institutions viables dans un cadre libertarien. Comment assurer sa sécurité, faire appel à la justice et définir le Droit dans une société libre ? Par le marché et la concurrence, toujours dans le respect de la propriété privée légitime bien sûr.
Si des boulangeries privées et concurrentes produisent un pain en général d’excellente qualité, pourquoi des entreprises privées et concurrentes de protection individuelle ne produiraient-elles pas une sécurité d’excellente qualité et pourquoi des tribunaux privés et concurrents ne produiraient-ils pas un Droit d’excellente qualité ? Je sais, au début ça choque mais en y réfléchissant, en étudiant l’histoire et le fonctionnement des Etats aussi bien anciens que modernes, il vaut la peine de se poser ces questions et on arrive à des conclusions extraordinaires.

Enfin la quatrième partie est constituée d’articles consacrés à divers problèmes sans lien entre eux. Cela va d’une critique de l’utilitarisme au problème de la monnaie en passant par le Droit dans l’Islande médiévale et un chapitre consacré à G.K. Chesterton. Les centres d’intérêt de David Friedman sont très divers et il parvient à chaque fois, me semble-t-il, à renouveler le sujet.

Ce qui est passionnant dans ce livre, c’est que l’auteur est toujours tourné vers le concret. Peu de grands principes ici mais une foule de réflexions sur ce que serait la vie réelle dans une société libertarienne. Aucune question difficile n’est esquivée, l’auteur n’hésite pas à faire part de ses interrogations et même parfois de ses doutes (sur la défense nationale par exemple), d’où un sentiment de grande honnêteté intellectuelle et une approche des problèmes des plus stimulante.

Sylvain

P.S. : ne pas rater l’annexe 2 qui s’intitule « Mes concurrents » et qui est une mine de renseignements bibliographiques et de bonnes adresses sur le libertarianisme.

P.P.S. : je signale aux amateurs de Science Fiction que l’excellent Robert Heinlein fait partie des dédicataires de ce livre.

Une dernière citation :
« Ne demandez pas ce que l’Etat peut faire pour vous. Demandez ce que les hommes de l’Etat sont en train de vous faire. »
David Friedman : « Vers une société sans Etat », page 33

NOUVEAU : le blog de David Friedman est ICI.
 
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Murray Rothbard : « L’éthique de la liberté »
Edition Les Belles Lettres (1991).
Edition originale : « The Ethics of Liberty », 1982, nouvelle édition en 1989.
Traduction : François Guillaumat et Pierre Lemieux.

Et voilà, je m’attaque à l’un des classiques de la philosophie politique libertarienne (il fallait bien que ça arrive).
Cet ouvrage est donc une tentative pour fonder philosophiquement et en Droit la Liberté.

La première partie est consacrée au « Droit naturel ». Il s’agit de la partie la plus abstraite, la plus proprement philosophique aussi. Murray Rothbard réaffirme l’existence d’une « nature humaine » qui est à l’origine d’une éthique objective de la Liberté. A noter que le concept de « nature humaine » a été redécouvert et réhabilité par les découvertes des sciences cognitives.
Il explique également la différence et l’opposition entre le « droit positif » que nous connaissons et le « Droit naturel » qui est le seul droit juste.

La deuxième partie est le morceau principal de cette « Théorie de la Liberté ». L’auteur définit les droits de propriété légitimes et l’échange volontaire avant d’examiner des problèmes concrets comme la légitime défense, la propriété de la terre (problème fondamental dans certains pays), l’information, etc.
Il s’attaque également à des problèmes difficiles comme les droits des enfants et critiquent violemment des thèmes à la mode comme les prétendus « droits des animaux ».
L’ensemble offre un panorama théorique impressionnant et se veut optimiste dans la possibilité d’inscrire concrètement les idées de la révolution libertarienne.

La troisième partie est consacrée au problème de « l’Etat contre la liberté ». Tout est dit, l’Etat est par définition liberticide, fondé sur la violence et le mensonge, il n’a aucune légitimité. Court mais efficace... et tellement vrai ! La solution est donc nécessairement la suppression totale de l’Etat, toute tentative d’établissement d’un « Etat minimal » étant vouée à l’échec car tout Etat a d’abord pour fonction de se protéger lui-même et, ensuite de grossir le plus possible.

Dans une quatrième partie, M. Rothbard examine des théories de la Liberté élaborées par d’autres auteurs. Parmi eux, sont ainsi sévèrement critiqués Von Mises, Hayeck et Nozick.

Dans une trop courte cinquième partie, l’auteur esquisse ce que serait une stratégie pour faire advenir la société libertarienne de ses rêves, ce qui ne sera pas une mince affaire. Il s’agit bien d’un projet révolutionnaire et Rothbard examine d’ailleurs brièvement certaines caractéristiques des mouvements marxistes.

Je voudrais mentionner deux points qui me paraissent soulever des difficultés :

1 : Dans le chapitre 14 (deuxième partie), l’auteur pose le problème du Droit concernant les enfants.
Les parents sont-ils vraiment « propriétaires » (même avec des limites) de leur(s) bébé(s) comme l’affirme Rothbard ? L’avortement est-il vraiment légitime ? Je n’en suis pas sûr. Mais il est vrai qu’il faut toujours soigneusement distinguer ce qui relève du Droit de ce qui relève de nos propres préférences morales.

2 : Dans le chapitre 25 (troisième partie), Murray Rothbard examine le problème des relations internationales entre Etats et trouve bon tout ce qui peut affaiblir l’Etat qui nous opprime. Il trouve normal la lutte en faveur du désarmement nucléaire en donnant comme raison que l’usage de telles armes est injuste car ne permettant pas de cibler les agresseurs et uniquement eux. Je regrette qu’il n’examine pas le cas historiquement avéré où l’Etat dont nous sommes victimes est en concurrence avec d’autres Etats qui oppriment beaucoup plus durement leur propre population et ne demandent qu’à élargir le cercle de leurs victimes. Le premier résultat d’un désarmement nucléaire unilatéral des Etats-Unis dans les années 40 à 80 aurait été un renforcement du communisme mondial et peut-être sa victoire définitive. La question mérite au moins d’être posée.

Ce livre est passionnant de bout en bout, il remet en cause radicalement toutes les idées qui nous entourent. Murray Rothbard peut paraître un peu extrémiste mais il est cohérent et ses raisonnements sont solides. Une lecture indispensable.

P.S. : je remercie mélodius de son insistance à recommander la lecture de ce livre. Il s’agit vraiment d’un « classique ».

Sylvain

20.4.03
 
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Guy Milière : "L'Amérique monde : les derniers jours de l'empire américain"
Ed. François-Xavier de Guibert (2000)
Préface de Pascal Salin.

Au milieu du flot de boue et de haine qui submerge les médias et l'édition française dés qu'il est question des Etats-Unis, je voudrais rappeler l'existence de cet essai qui tranche radicalement par son sérieux et son honnêteté.

Guy Millière connait bien les Etats-Unis et son récit est fascinant. Il examine à travers ses lectures et ses rencontres la réalité américaine selon un point-de-vue libéral.
Il consacre ainsi des chapitres à l'économie, la finance, l'éducation, la santé, la religion, etc.
Il n'esquive pas, au contraire, les sujets qui, ici en France, servent à démontrer que les Américains sont vraiment mauvais comme la pauvreté, le racisme et la culture. Et il arrive à prouver, me semble-t-il, que ce qu'on entend couramment est faux ou déformé. Les Etats-Unis ne sont pas le paradis sur terre, bien sûr, mais ils sont ce qui s'en rapproche le plus, un signe indubitable (parmi d'autres) étant l'immigration qui est toujours à un haut niveau aux USA.

En passant, Guy Mollière nous explique combien Ronald Reagan a été un grand président et nous éclaire sur le fonctionnement de la justice américaine, un autre domaine systématiquement mal-compris chez nous.

Les livres "objectifs" ou "favorables" à l'Amérique étant rarissimes en France, la lecture de ce bouquin m'a vraiment fait très plaisir.

Sylvain

PS : une curiosité quand même : le sous-titre !... car à lire ce livre, l'"empire américain" a encore de beaux jours devant lui !

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Ronald Reagan : « Ecrits personnels »
Editions du Rocher (2003).
Préface d’Alain Griotteray.
Traduction : Guy Millière.

Après avoir été gouverneur de la Californie de 1967 à 1975, Ronald Reagan fut président des Etats-Unis de 1981 à 1988. Guy Millière présente et traduit avec ce livre un recueil de textes écrits par Reagan lui-même.
La plupart de ces textes sont des chroniques lues à la radio dans les années 75 à 79, mais il y a quelques textes plus récents comme l’adieu de Reagan qui date de 1994 (après qu’on lui ait diagnostiqué une maladie d’Alzheimer) et d’autres remontant à son enfance.
Reagan a écrit un peu sur tous les sujets et les textes présents ici sont classés en plusieurs parties : la philosophie de Reagan, politique étrangère, économie et politique intérieure, autres écrits.

En politique étrangère, Reagan recommande la plus grande fermeté face au péril et à la subversion communiste. Il faut se rappeler que dans les années 70, nombreux étaient ceux qui pensaient que l’Union soviétique et ses satellites avaient fait la preuve de la supériorité du socialisme. La lucidité de Reagan et la justesse de son diagnostic sont frappants : pour lui, le communisme est une aberration dont les jours sont comptés. Ce n’est pas l’URSS qui est puissante, ce sont surtout les Américains et leurs alliés qui se sont affaiblis.

En économie, on retrouve la même lucidité. Dénonciation de la « planche à billet », de l’interventionnisme croissant des politiques dans tous les aspects de la vie quotidienne, de l’emballement dans la production de lois et de règlements en tous genre que personne ne maîtrisent plus, du « politiquement correct » dans l’éducation, etc. Il critique même la politique des subventions publiques aux agriculteurs !
Ces critiques sembleront classiques, et parfois insuffisantes, aux libéraux que nous sommes mais Reagan est devenu président par la suite et a donc pu appliquer, au moins en partie ses idées. Les Américains n’y ont trouvé que des avantages (baisse incroyable du chômage, diminution de la pauvreté, expansion économique, innovations technologiques, etc.). Cet essor économique, ainsi que la relance consciente de la course aux armements, sera l'une des causes de la fin du communisme en URSS.

Ce qui est extraordinaire, c’est que nous, en France, en sommes toujours au même point. La plupart des critiques reaganiennes des années 70 sont toujours valables dans la France actuelle. Pas étonnant si la France bat des records de chômage et de pauvreté et si les libertés sont toujours plus menacées !

Donc, pas d’erreur, la vision de Reagan est bien « libérale classique » et non libertarienne. L’Etat doit se recentrer sur ses missions de protection intérieure et extérieure et laisser les gens, « nous, le peuple », comme disent les Américains, vivre leur vie.

Un livre important pour ceux qui s’intéressent à l’histoire des idées, à l’histoire des Etats-Unis et aux remèdes concrets à apporter aux maux qui rongent l’Europe.

Sylvain

P.S. : une critique quand-même sur cette édition : il n’y a ni sommaire, ni index, ce qui rend la consultation après lecture difficile et un peu hasardeuse.

 
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Stéphane Courtois : « Du passé faisons table rase ! »
Ed. Robert Laffont (2002.

« Le livre noir du communisme » est un gros volume publié en 1997. Une demi-douzaine d’historiens tentaient sous la direction de Stéphane Courtois de faire le bilan du communisme sous l’angle de la violence qu’il a exercé partout où il a pu : le sous-titre du livre était d’ailleurs « Crimes, terreur, répression ».
L’accueil a été pour le moins mouvementé. En France, relativement peu de voix se sont élevées pour souligner le sérieux du travail de ces historiens et la qualité de leurs recherches. En revanche, la plupart des journalistes et intellectuels de gauche se sont acharnés sur les conclusions de Stéphane Courtois qui devant l’omniprésence du crime dans le communisme tentait de comprendre le pourquoi de toute cette violence. Il a été insulté et traîné dans la boue comme personne depuis les grandes heures du stalinisme triomphant.

Depuis, le temps a passé et le « Livre noir » a été publié dans 25 pays. Bien souvent, la traduction a été complétée par un chapitre qui fait le point sur les crimes communistes dans le pays en question.

Le livre publié en octobre 2002 sous le titre

« Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe »,

toujours sous la direction de Stéphane Courtois et toujours aux éditions Robert Laffont est organisé autour de la traduction en français de ces « suppléments » qui représentent un peu plus de la moitié du livre. On a ainsi de nouveaux chapitres de l’histoire des crimes communistes consacrés à l’Estonie, à la Bulgarie, à la Roumanie et à l’ex-Allemagne de l’Est. S’ajoutent encore un chapitre sur le communisme italien et un chapitre consacré aux communistes grecs.

La deuxième moitié de l’ouvrage est constituée d’une part par une longue introduction de Stéphane Courtois qui fait le point sur la question et qui répond à certains de ses détracteurs et, d’autre part, par des chapitres plus généraux qui examinent l’usage de la violence par les communistes.

Si vous vous intéressez à l’histoire du communisme - et qui pourrait y être indifférent ? - ce livre est passionnant et tout aussi terrifiant d’ailleurs que le « Livre noir ». Nous savons tous que les communistes ont commis des crimes atroces mais là, on se rend compte que la réalité était encore bien pire que ce que nous croyions.

L’amnésie à l’égard des crimes du communisme et la complaisance envers cette idéologie que l’on rencontre encore trop souvent sont vraiment inacceptables.

Sylvain

Références complémentaires :
- « Un pavé dans l’histoire : le débat français sur "Le Livre noir du communisme" » de Pierre Rigoulot et Ilios Yannakakis (Laffont, 1998) ;
- « "Le Livre noir du communisme" en débat : les critiques, les auteurs, mémoire et jugement », revue « Communisme » n°59-60 (éd. L’Age d’Homme, 2000).

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Colin Turnbull : « Les Iks : Survivre par la cruauté : Nord Ouganda »
Edition originale : « The Mountain People » (1972).
Editions françaises : Stock (1973) et Plon, col. "Terre humaine" (1987).
Réédition : Pocket n°3024.
Traduction : Claude Elsen.

Les Iks (environ 2 000 personnes) sont un peuple de chasseurs vivant dans le nord de l’Ouganda. Après l’indépendance du pays au début des années soixante, le gouvernement ougandais a créé un parc naturel protégé sur une grande partie du territoire traditionnel de chasse des Iks et les a désarmé. Les Iks étaient censés se convertir à l’agriculture pour survivre. Le problème est que les territoires qui leur ont été proposés étaient très arides et impossible à cultiver. Les Iks sont donc resté sur leur territoire ancestral et ont commencé à souffrir de la faim.
Cette famine a durée des années et a eu des conséquences sociales incroyables : la société iks s’est désagrégée et chaque individu s’est isolé des autres. Rien n’y a résisté, ni la famille, ni la religion traditionnelle. Tout les moyens sont devenus bons pour survivre à n’importe quel prix.
Les parents ne sont pas solidaires entre eux et ne s’occupent de leurs enfants que jusqu’à l’âge de trois ans, après quoi, ils doivent se débrouiller seuls. Les vieillards sont abandonnés et on n’hésite pas à littéralement leur retirer la nourriture de la bouche.

Colin Turnbull, déjà un ethnologue chevronné à l’époque, s’est retrouvé un peu par hasard en mission chez les Iks et a passé un an avec eux en 1965-1966. Ce livre est son témoignage sur ce qu’il a vu et a vécu. Les situations historiques comparables sont les conditions de vie dans les camps de concentration nazis (notamment à Auschwitz) et la grande famine en Ukraine des années 1932-1933.

Je regrette que l’auteur qui tombe parfois dans un discours un peu moralisateur, n’insiste pas plus sur la responsabilité écrasante des « hommes de l’Etat » ougandais qui ont préféré protéger des animaux au détriment d’êtres humains.

Le livre est complété par le texte d’une pièce de théâtre inspirée du livre et mis en scène par Peter Brook. On trouve également une postface de Jean Malaurie, le directeur de la collection, intéressante mais trop politiquement correcte (Ah, la « loi de la jungle du marché » !) et un témoignage de Joseph Towles, un jeune ethnologue noir américain qui a accompagné Colin Turnbull. Un mot sur ce dernier texte, écrit bien après les faits en 1987 : Towles est tellement obnubilé par sa joie de fouler la terre de ses ancêtres qu’il n’a presque rien vu de l’inhumanité que décrit Turnbull. Un décalage impressionnant !

Un livre à lire pour voir de quoi l’être humain est capable dans certaines conditions extrêmes.

Sylvain

Extrait :
« Il ne faut donc pas s’étonner si la mère rejette son enfant lorsqu’il a trois ans. Elle l’a nourri au sein, de mauvais gré, et s’est occupée de lui pendant trois longues années ; désormais, il n’a qu’à se débrouiller. Avant qu’il ne sache marcher, elle le porte sur son dos, attaché par une lanière de cuir. Lorsqu’elle s’arrête quelque part, à un trou d’eau ou dans son champ, elle détache cette lanière et laisse littéralement le bébé tomber par terre, en riant s’il se fait mal, comme je l’ai vu faire plus d’une fois à Bila ou à Matsui ; puis elle vaque à ses occupations sans plus s’occuper de lui, souhaitant presque qu’un prédateur l’en débarrassera.
Un tel abandon s’est produit alors que j’étais à Pirré, et la mère en fut ravie ; elle était débarrassée de son enfant ; elle n’aurait plus à le porter et à le nourrir, et en outre cela signifiait qu’il y avait dans les parages un léopard qui serait plus facile à tuer lorsqu’il dormirait après avoir mangé l’enfant. Les hommes se mirent en route, trouvèrent effectivement le léopard endormi (il avait mangé l’enfant, sauf une partie du crâne), le tuèrent, le firent cuire et le mangèrent, enfant compris. »
Pocket, page 109

A propos d’un autre ethnologue très célèbre :
« Le même professeur Leach est aussi plutôt caustique à l’égard de l’expérience sur le terrain du professeur Lévi-Strauss. Je cite : « Dans tous ses voyages au Brésil, Lévi-Strauss n’a jamais pu rester au même endroit plus de quelques semaines... Il n’a jamais voulu parler couramment avec un seul de ses informateurs indigènes dans sa langue maternelle. »
Denis Cannan in « Les Iks », Pocket, page 312.


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Patrick Declerck : « Les naufragés »
éd. Plon (2001), col. Terre Humaine
rééd. Pocket n°11846 (2003)

Depuis que je m’intéresse au libéralisme, j’ai toujours trouvé importantes et intéressantes les analyses et les réponses apportées à la « question sociale ». Autrement dit, que deviendraient dans une société libre, les plus pauvres et les plus démunis d’entre nous ? Et d’abord, y aurait-il des miséreux et des clochards dans un tel monde ?

Ma conviction est que plus une société est libre, libérale ou libertarienne, meilleur sera le sort des plus pauvres. On doit pouvoir le démontrer mais ce n’est pas mon propos ici.
(Je pense que le taux de chômage dans un pays, par exemple, est inversement corrélé au degré de liberté.)

Le livre que je voudrais présenter est à la fois un témoignage et une enquête sur le sort des clochards aujourd’hui à Paris. L’auteur est à la fois psychanalyste et ethnologue. Il a lui-même vécu un certain temps dans la rue et a ouvert la première « consultation d’écoute » destinée aux SDF en 1986.

Le nombre d’abord : environ 15 000, rien qu’à Paris, à vivre en permanence dans la rue.
Les conditions de vie sont atroces, la violence, l’alcoolisme sont omniprésents. Les maladies sont courantes, mal soignées et invalidantes, les « addictions » aux médicaments et aux drogues très courantes.
Le récit de l’auteur est impressionnant. A aucun moment, il ne tombe dans le misérabilisme. Non, la misère n’ennoblit pas l’homme, au contraire, elle l’avilit. Des extraits de témoignages écrits par des clochards sont aussi insérés dans le livre.
Patrick Declerck est aussi très critique sur les pratiques institutionnelles visant à « réinsérer » des gens qui ne l’ont probablement jamais été.

Dans une deuxième partie du livre, l’auteur tente de comprendre comment on peut en arriver là. A entendre les clochards eux-mêmes, leurs parents étaient très souvent désunis, leur femme les a quitté et l’alcool a achevé le travail. Patrick Declerck pense que l’alcoolisme est souvent premier et que la souffrance doit remonter loin dans le passé de ces individus, peut-être même, dit-il, à la vie intra-utérine.
C’est là que le livre m’a paru insatisfaisant. Je ne pense pas que les concepts psychanalytiques utilisés par l’auteur expliquent grand chose et je trouve qu’il prend trop à la lettre les affirmations des clochards, alors qu’il dit lui-même que ces derniers finissent par élaborer une sorte de discours passe-partout que les travailleurs sociaux et autres psychologues qui les côtoient s’attendent à entendre.
Il faudrait faire une sorte d’enquête de police pour tenter de reconstituer le parcourt des SDF afin de tenter de comprendre ce qui leur est réellement arrivé.
On pourra également être gêné par une présence, certes discrète mais quand-même, de l’imagerie marxiste concernant la « responsabilité » de la société. J’imagine l’auteur incapable de dépasser les clichés trotskistes de sa jeunesse, mais ça, c’est surtout une question de culture...

Par-delà ces réserves, voilà un livre passionnant sur les plus pauvres des plus pauvres.

P.S. : pour continuer la réflexion, voici un lien vers un texte de Pascal Salin sur le problème du salaire minimum obligatoire et l’exclusion que ce mécanisme crée :
"Le SMIC, machine à exclure"

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Guy Sorman : "Les enfants de Rifaa : musulmans et modernes"
Ed. Fayard (2003)
(compte-rendu rédigé en février 2003)

Ce livre est le résultat d'une enquête d'un an de l'auteur dans un certain nombre de pays musulmans.
Guy Sorman est bien connu pour ses idées libérales. Son premier livre, déjà une enquête, s'est appelé "La révolution conservatrice américaine".

Dans ce nouveau livre, il nous fait voyager au Maroc, en Turquie, en Egypte, en Indonésie, au Koweit, etc. Le titre est une référence à Rifaa el-Tahtawi, un théologien égyptien qui voyagea à Paris au 19e siècle et qui, de retour dans son pays tenta de concilier sa foi musulmane et le savoir occidental. "Les enfants de Rifaa" sont donc des musulmans qui tentent d'acclimater certaines valeurs et certaines méthodes inventées en Occident en terre d'islam.

Guy Sorman est un observateur passionné par son sujet, subtil dans ses observations et très nuancé dans ses jugements. Il évite soigneusement tout manichéisme et ne perd jamais de vue ses idées politiques et morales libérales.

Tout, dans ce livre est passionnant mais je retiendrai plus particulièrement :

1 : l'appel aux Occidentaux pour qu'ils révisent leur politique étrangère qui se borne trop souvent à soutenir des tyrans sous prétexte de juguler l'islamisme (démarche similaire à celle d'Alain Madelin sur le même sujet) ;

2 : il soutient la pression américaine sur l'Irak visant à rendre inoffensif cette dictature (Guy Sorman rappelle que le "baasisme", l'idéologie officielle du régime, est inspiré du fascisme des années trente) ;

3 : le récit de son voyage en Arabie Saoudite qui nous montre une réalité beaucoup plus nuancée que l'image que nous en avons en Europe : le régime saoudien n'est certes pas une démocratie mais il est beaucoup moins violent avec son propre peuple que la dictature militaire égyptienne par exemple ;

4 : l'appel à dépasser les images d'Epinal sur l'islam et sur les Arabes et à soutenir les musulmans libéraux dont, trop souvent, nous ne savons même pas qu'ils existent !

La partie du livre qui appellera le plus la controverse est peut-être le chapitre consacré à Israël : Guy Sorman est Juif mais anti-sioniste. Il ne porte pas Israël dans son coeur et pense que cet Etat est condamné à disparaître.
On pourra également ne pas être aussi enthousiaste que lui en ce qui concerne l'"affirmative action" à l'américaine...

Un dernier chapitre est consacré au "problème arabe" de la France actuelle : là aussi, il est nuancé mais direct dans ses opinions et on se demande comment on a pu ne pas voir ce qu'il nous dit ! Guy Sorman pense qu’il n’y a pas de problème avec l’islam en tant que tel en France mais un problème plutôt « ethnique »avec les Kabyles et les Arabes immigrés en France.
Il incrimine surtout la politique du logement social qui induit la constitution de véritable ghettos (il fait remarquer que les immigrés qui s’en sortent sont d’abord ceux qui ont quitté les cités) et l’école qui est incapable de choisir entre l’intégration dans le sens traditionnel du terme et un véritable multi-culturalisme. L’école en crise, est donc, dit-il, tombée dans le « rien ».

Un dernier mot sur le style : lumineux !


 

 
   
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